Le Sahel

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Théâtre : « La petite orange de ma mère » de Mamane M.I. Zeinabou : Sexe, sueur, salive et sang


Zeinabou-Zeinabou-sur-scne-jouant-la-petite-orange-de-ma-mreLe monologue, « la petite orange de ma mère » est une pièce écrite, mise en scène et jouée par Mamane Malam Issoufou Zeinabou, étudiante en master2 Arts du spectacle à la Faculté des Lettres et Sciences Humaine (FLSH) de l'Université Abdou Moumouni de Niamey (UAM). La pièce a été jouée la nuit du 27 janvier 2017 sur la scène « plein air », échafaudée dans l'enceinte de la FLSH, à l'occasion de la journée événement de la filière Arts du spectacle du département Lettres, Arts et Communication.
Vêtue d'une courte robe, du haut de sa petite taille, tantôt pieds nus, tantôt, sur des chaussures aux longs talons, Zeinabou est sur scène jouant le rôle de la prostituée Tatou dans « la petite orange de ma mère », une pièce qu'elle a écrite et mise en scène. Un rôle sur un sujet impudique, que joue le personnage de Tatou sans gêne apparente. On est dans le théâtre contemporain, avec tout ce qui le caractérise de langage ordurier, vulgaire...Le spectateur doit s'efforcer de faire avec. C'est ce genre que la dramaturge a choisi pour décrire et condamner le sort de toutes les femmes qui, comme Tatou, se sont retrouvées dans une situation qu'elles n'ont pas choisie de vivre. Un spectacle où le tragique le dispute au comique.
À en juger par son début, la pièce ne semble pas assez attrayante pour le spectateur, tant le sujet n'est pas très évident. Mais au fil du monologue de Tatou, la pièce devient captivante, émouvante. Un verre à moitié plein, esquissant des gestes d'ivrogne à la lueur des lampes tempête, la comédienne se lance dans le récit de sa vie. Tatou revendique 25 ans de service de « femme de tous les hommes, les beaux et les laids, les gentils et les méchants...». Si le spectateur est d'une âme sensible, il risque de fondre en larmes comme Tatou lorsqu'à un point précis de son récit, elle rappelle, le moment où sa vie de fillette de 13 ans a basculé... C'était un soir où la vendeuse d'orange qu'était sa mère a proposé « la petite orange » qui lui restait à un client qui l'accusait de lui avoir filé des oranges pourries, menaçant ainsi de reprendre ses 75 francs.
Tatou qui assistait à la discussion était loin d'imaginer le deal qui se jouait contre elle. Et, ce sera trop tard pour elle quand elle réalisera que sa mère l'avait troquée contre les maigres pièces de ce vieil homme aux dents jaunis par la cola, à l'haleine mauvaise, qu'elle ne cesse de maudire depuis. Ni ses pleurs, ni ses supplications ne la sauveront. C'était cette soirée là que Tatou a plongé dans la vie des maisons closes où elle sera façonnée, par la « reine », surexploitée, maltraitée...
Riche en gestes et mimiques, le récit de Tatou donne à saisir une partie du message de la pièce : même si elles sont arrivées dans la prostitution par des chemins différents, Tatou, et toutes ses semblables sont de simples victimes. Et, Tatou est loin de pardonner, ni à la « reine », et son « fainéant » de fils qui usent et abusent d'elle, ni même à sa mère. Les mots que Tatou utilise en parlant d'eux en disent long sur sa révolte et sa soif de vengeance. Elle se livre ainsi à un procès en règle, une condamnation sans appel de cette société cruelle, immorale, sans pudeur dont elle et toutes ses semblables en sont les victimes impuissantes, stoïques. Alternant le comique au tragique, « La petite orange de ma mère » nous met au cœur d'une société que nous connaissons d'une certaine façon. La jeune dramaturge est-elle dans une démarche cathartique, ou est-elle tout simplement motivée par la folle envie de choquer son public ?
Avec « la petite orange de ma mère », Zeinabou fait montre de beaucoup de talent. La pièce tient de bout en bout par elle. Mais on peut lui reprocher quelques insuffisances au niveau de la mise en scène. Des insuffisances que peuvent racheter, les difficultés inhérentes au genre qu'est le monologue. Et, comme c'est le propre du théâtre contemporain, le sujet de la pièce aussi bien que le rôle que joue Zeinabou à travers le personnage de Tatou, ne vont pas sans poser quelques « problèmes » par leur caractère impudique, immoral, ou choquant. La pièce ne laisse pas insensible. Au bout d'une trentaine de minutes sur scène, Zeinabou aura réussi à toucher, voire heurter la sensibilité du public...

Souley Moutari(onep)
www.lesahel.org

AG/ONU

Editorial

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