Le Sahel

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Le travail des enfants à Niamey : Entre débrouillardise et exploitation


d-1Le phénomène ne semble nullement choqué et pourtant le travail des enfants prend de l'ampleur à Niamey. Partout en effet, on constate que des enfants, souvent de moins de dix ans, sont en train de se mouiller véritablement la chemise ou la robe pour effectuer un travail qui dépasse des fois largement leur capacité moyennant des espèces sonnantes et trébuchantes dérisoires. Ils sont talibés, scolaires ou bien ils ont abandonné les bancs de l'école depuis belle lurette. Les filles ne sont pas en reste, elles qui travaillent comme domestiques dans certains ménages. Certes pour certains parents, le travail des enfants est normal, mais en suivant pas à pas les concernés dans leurs œuvres, on peut affirmer que les enfants triment véritablement pour gagner leur pain au risque de leur santé, leur avenir, leur vie... Dossier.
Il n'est un secret pour personne que pour vivre heureux et indépendant, il faut nécessairement travailler. En effet, nous avons trouvé des enfants qui travaillent et selon eux, ils le font de façon régulière et tous les jours. Ce triste constat que nous avons vu est amer, très amer. Car les tâches qui sont confiées à ces nombreux enfants que nous avons rencontrés est au-dessus de leur capacité.
En fait, qui sont ces enfants que l'on croise partout dans la ville de Niamey dans les marchés, sur des chantiers de construction, dans des ateliers... Des enfants qui effectuent aussi des tâches ménagères pendant de longues heures dans un milieu ou une situation inconvenante, dans des lieux dangereux et nécessitant l'utilisation d'outils et de matériaux dangereux ou encore obligeant l'enfant à porter souvent des objets trop lourds.
Pour qui travaillent-ils et pour quelle raison ou à quels prix? La plupart de ces enfants sont des talibés venus des villages environnants, qui souvent retournent au village dès la tombée de la première pluie. Mais malheureusement, certains enfants préfèrent rester en ville pour travailler, en s'adonnant au transport des bagages communément appelé ''Kaya Kaya'' ».
Ibrahim Soumaila est l'un de ces enfants talibés, envoyé par ses parents il y a à peine 6 ans. Aujourd'hui, il affirme qu'il fait ''le Kaya-kaya'' depuis l'année passée : « Je travaille avec cette charrette depuis longtemps ; c'est un monsieur qui nous donne ces charrettes en location, en raison de 300 F CFA par jour. Nous versons les 300 F juste avant la descente dans les environs de 18 H. Vraiment, Dieu merci, souvent on gagne 2000 voire 2500 FCFA par jour. Je déduis seulement les frais de location de la brouette et le reste, je l'empoche pour la maison. Mais, il arrive souvent qu'on ne trouve pas de brouette à louer ; quand on arrive en retard. Là, on est obligé de transporter les produits sur la tête. C'est ça qui est le plus difficile et on gagne moins», a-t-il expliqué.
Ali Hassane, que nous avons vu au marché Djamadjé avec sa charrette qu'il pousse tout au long de la journée, amène des marchandises à des revendeurs dans les environs du marché. Nous nous sommes intéressés aussi aux enfants qui, très tôt le matin, convergent vers les différents marchés de la capitale. Bien sûr démunis et même vulnérables, pour aller au marché, ils arrêtent de manière pitoyable et polie tout motard ou véhicule qui se dirige vers le Grand marché en disant '' Béré, aï Kabey'' ou '' Tonton occasion''. Au grand marché, où nous avons trouvé un enfant du nom de Almoustapha Boubacar, venu du quartier Talladjé. En notre présence, l'enfant a aperçu une grande dame dans une boutique. La femme a fait un gros achat et attendait l'emballage, l'enfant s'approcha d'elle en disant « Hajia, Kaya-kaya no ? ». Après un petit silence durant lequel elle semblait se demander si le petit qui lui parait bizarre et étrange pourra transporter ses bagages. Tristement, elle a chargé le petit Almoustapha comme un âne. Il fallait voir la charge! Et surtout quand on se rend compte que le petit n'a même pas encore 12 ans. C'est avec grande-peine que le petit garçon bien chargé habillé par ses légers haillons déchirés a pu transporter les bagages à la gare des taxis de Yantala. Après un long moment à la recherche de taxi, le bagage toujours sur la tête de l'enfant, la bonne dame sort de son sac à mains une pièce de 50 F et dit : « Tiens, petit. Je n'ai pas assez d'argent pour te donner. Que Dieu te bénisse ». La routine! Et c'est comme ça que Almoustapha et bon nombre d'enfants passent leur journée.
Alhaji Amadou, commerçant, affirme que « les enfants là que vous voyez passent toutes leurs journées à transporter des bagages pour des miettes qu'on leur donne, souvent 50 F ou une simple bénédiction». Par ailleurs, il a ajouté que la plupart des enfants qui viennent dans les marchés ne vivent que de leur force, travaillant généralement pour des adultes. Cet avis semble être partagé par Hadjia Mohawe qui estime pourtant que « le travail des enfants permettra de faire des économies pour faire face à certaines dépenses scolaires ; c'est aussi un coup de pouce à la famille.» Mieux, cela les responsabilise. Selon elle, à l'école comme en famille, il faudrait apprendre à l'enfant quelque chose d'utile. « Donc, il faut faire travailler l'enfant. Seulement, il ne faut pas les exploiter en leur donnant des travaux difficiles qui peuvent durer trop longtemps, surtout quand l'enfant est trop jeune », a-t-elle conseillé.
Abdoul Aziz Ibrahim Souley
09/06/17

AG/ONU

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