Le Sahel

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"Un coin du ciel noir" du réalisateur Djingarey Maïga : Quand l'amour triomphe des préjugés


afficheÂgé de 78 ans aujourd'hui, dont plus d'une cinquantaine d'années consacrées au cinéma, Djingarey Maïga vient de finir son neuvième film, "un coin du ciel noir", un long métrage de 90 mn. Ce film traite du sort pathétique réservé dans certaines sociétés aux personnes atteintes par l'albinisme, une particularité génétique qui se manifeste par un manque ou une absence de pigmentation de la peau, des cheveux, et des yeux.
Après plus d'un an d'efforts de tournage et de montage, un peu comme un long travail d'accouchement, "Un coin du ciel noir" du réalisateur Djingarey Maïga est disponible. Le film fini a été visionné le 24 novembre dernier par quelques personnes que «le vieux » a invitées chez lui à Niamey. Ce public composé de l'équipe du tournage du film, et quelques invités, a apprécié ce film inspiré par les préjugés sur les albinos, qui du fait de leur apparence, nourrissent les fantasmes, les desseins, et souvent des pratiques les unes plus sombres que les autres.
Pour faire court, le sujet de ce 9ème film de Djingarey Abdoulaye Maïga peut être ainsi résumé : Tanko, un jeune avocat rencontre Katy une jeune fille albinos, élève dans un lycée, déterminée à étudier malgré les problèmes que lui impose la nature, mais qui se retrouve au bout du désespoir car ses parents ont des difficultés à prendre en charge ses frais de scolarité. La solution pour Katy mais aussi sa famille va venir de cette rencontre fortuite avec Tanko, qui va finir par tomber amoureux de Katy, dont il voudra faire son épouse. Mais Tanko va devoir se battre contre les préjugés. Si son papa a accepté sans résistance son choix, ce ne fut pas le cas pour la maman de Tanko qui s'imagine avec beaucoup d'angoisse grand-mère d'un enfant albinos. Il a fallu bien plus tard avec l'arrivée d'un bébé tout à fait « normal » dans le jeune couple pour qu'elle soit rassurée.
Le film évoque aussi d'autres sujets préoccupants dans la société, notamment les questions de justice, de politique, de corruption, et une affaire de meurtre d'un officier dont l'avocat Tanko va prendre en charge le dossier.
Djingarey Maïga dit avoir été inspiré et poussé à réaliser ce film par une réalité. « J'ai été très touché par une histoire des filles albinos, racontant la stigmatisation dont elles font l'objet dans leur société, surtout quand il s'agit de mariage. Après, j'ai rencontré à tout hasard un membre de l'association des albinos du Niger, qui me dit qu'elle me cherchait pour me proposer de faire un film sur les albinos », rappelle-t-il. Mieux Zeynabou Seydou, a accepté volontiers de jouer le rôle de Katy dans le film.
Cette fiction offre ainsi à Zeynabou Seydou l'occasion de se révéler en incarnant Katy Bangoura l'actrice principale de Un coin du ciel noir. La jeune femme joue son premier rôle dans un film, à côté de Beidari Yacouba, (Tanko) qui est un habitué des scènes. On retrouve aussi dans cette fiction Marie Naino, que beaucoup de téléspectateurs nigériens connaissent à travers les sketches de sensibilisation ou de plaidoyer de la troupe Mourna.
Mais "Un coin du ciel noir " n'est pas un film de commande. Et pour cause ! Le réalisateur Djingarey Maïga a trainé pendant plus d'un an pour financer la réalisation de ce film, qui a pu voir le jour grâce à quelques bonnes volontés et le volontariat des membres de l'équipe de tournage. Sans ces contraintes, ce film, dont le tournage et le montage ont été effectués à Niamey dans des conditions difficiles, aurait gagné beaucoup plus en qualité technique. Mais cela n'entame en rien sa richesse, et surtout la profondeur des messages qu'il véhicule.
Un film émouvant par moment, surtout quant Katy évoque la stigmatisation dont elle et d'autres albinos font l'objet, mais qui ne laisse pas d'être également comique, voire éducatif.
Cette fiction peut être considérée comme une illustration du pouvoir de l'amour sur les préjugés. Ce film dont le réalisateur prévoit la sortie officielle en janvier 2018 est à voir aussi bien par les grands, les petits, les décideurs. Peut être que cette fiction pourra contribuer à faire changer le regard porté sur des personnes atteintes d'albinisme, qui bien qu'étant aussi vieux que l'humanité nourrit toujours beaucoup de préjugés, et semble préoccuper peu. En effet, c'est seulement le 13 juin dernier, que la 3ème journée mondiale de cette condition génétique qui se manifeste chez une personne sur 20.000 a été célébrée.
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Souley Moutari(onep)

AG/ONU

Editorial

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