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Culture de rente à Magaria : Vivre de la canne à sucre


1--Vente-de-la-canne--sucre-au-arch-de-MagariaLe samedi c'est le jour du marché hebdomadaire de la commune urbaine de Magaria. Très tôt le matin de ce 10 Novembre 2018, les habitants des localités environnantes comme celles d'ailleurs, envahissent les principales artères de la ville à bord des différents moyens de transport. Ils y viennent à pied pour soit écouler leurs produits, soit pour s'approvisionner. La campagne agricole vient de prendre fin. Sur le marché, l'un des produits les plus disponibles en ce mois de novembre est surtout la canne à sucre. Assis sous l'ombre, les producteurs exposent leur produit. M. Tidjani Moustapha a effectué deux heures de route pour arriver à Magaria à partir de son village de Bidawa.

Tidjani Moustapha a commencé ses activités de production de la canne à sucre ainsi que d'autres produits maraichers il y a de cela 25 ans. « La production de la canne exige des moyens et aussi de la patience, parce qu'il faut attendre souvent une année pour profiter des fruits de son labeur » explique ce producteur qui exploite son champ de canne à sucre de moins d'un hectare avec ses frères. Par manque de moyens appropriés pour la mise en exploitation de l'espace de culture et en attendant à un meilleur rendement pour s'équiper, Tidjani et les siens travaillent avec du matériel et des techniques rudimentaires. En effet, ils arrosent les plants à la main par manque de motopompes. Concernant les engrais, ils les utilisent deux fois durant toute la période. Pourtant explique Tidjani, il faut plus que ça pour espérer une bonne production. Compte tenu du besoin accru de la famille qu'il faudrait satisfaire, ils font du maraichage en vue de produire notamment du chou, du riz, de la tomate, de l'oignon. Il a confié que cette production est destinée à la consommation des ménages pour couvrir le déficit alimentaire.
En outre, M. Tidjani a indiqué que la campagne agricole ne donne plus comme avant. Ils sont en effet confrontés à la baisse de la production due au changement climatique, à la pression démographique qui rend de plus en plus l'espace des cultures rare ainsi que l'excédent pluviométrique qui affectent la culture à certains endroits. « C'est pourquoi même la canne à sucre qui est produite est vendue pour acheter des vivres », a-t-il affirmé. Les défis sont énormes pour un producteur moyen qui ne produit juste que pour satisfaire les besoins de la famille. La canne à sucre ainsi produite est transportée à Magaria à bord de charrettes et de taxis de brousse. Les frais de transport par véhicules sont de 300 FCFA par fagot et de 350 FCFA par fagot pour les charrettes. Chaque fagot de canne à sucre contient au moins 20 tiges. Le prix du fagot est de 1500 FCFA, tandis que la tige coûte 100 FCFA.
La canne à sucre se vend en gros et en détail. Il y a des revendeurs qui achètent auprès des producteurs pour aller revendre, et d'autres achètent avant même la récolte. Ces acheteurs négocient la production à l'état de montaison. La somme que les producteurs gagnent de cette vente leur permet d'achever la culture. Ils font ça parce qu'ils n'ont pas de moyens nécessaires pour supporter toutes les dépenses jusqu'à la récolte.
M. Mahamadou Moussa a quant à lui débuté la production de la canne à sucre depuis plus de 50 ans. Il a découvert cette activité alors qu'il était très jeune. A 65 ans, il continue à produire de la canne à sucre qui est un produit très prisé dans la région et au niveau du pays en général. Ce producteur travaille dans un champ d'environ deux hectares de superficie, mais faute de moyens, il ne peut pas exploiter la totalité de ses terres. Il est assisté dans ses activités par ses trois enfants. L'utilisation de l'engrais lui a permis d'améliorer son rendement. « Par le passé, lorsque je n'utilisais pas les engrais chimiques, la production était insignifiante, mais aujourd'hui, la différence est nette ; c'est vraiment une lueur d'espoir » confie-t-il. M. Mahamadou Moussa dit se procurer les engrais à Magaria ou au Nigéria voisin par manque de boutiques de vente au village. Le sac de 20 kg d'engrais est à 14.000FCFA et la mesure à 1.000F.2--Les-producteurs-avec-notre-reporter--droite
Par rapport aux équipements M. Mahamadou dit disposer de motopompes bien qu'elles soient vieillissantes. Il trime souvent pour faire fonctionner les motopompes, souvent en faisant appel au réparateur pour que les machines puissent démarrer. Parlant de l'appui de l'Etat ou de ses partenaires, il a dit avoir bénéficié de l'appui d'un projet depuis 5 ans. Pour ce qui est du transport de ses produits, il le fait aussi par les véhicules ou par les charrettes. Ce samedi, jour de marché, Mahamadou a amené une charrette contenant 10 fagots. Ce qui lui permettra de gagner 15.000 FCFA, car le fagot se vend 1.500 FCFA. « Maintenant je m'appuie beaucoup sur la culture de la canne à sucre parce que le mil ne donne plus comme avant » dit-il avant d'ajouter que depuis quelques années, il met aussi l'accent sur la culture du sésame qu'il vend pour ensuite acheter du mil. M. Mahamadou confie que le sésame coûte plus cher que le mil, et cette culture donne plus maintenant que le mil.
En effet, le prix varie selon la saison. La mesure du sésame peut être vendue à 1.000FCFA, 1.500 FCFA voire 2.000FCFA. A côté de la canne, M. Mahamadou produit aussi de la tomate, de la laitue, de l'oignon, de la courge, du riz, de la patate douce. Il vient à Magaria pour écouler ses produits. Pendant la période d'oignon, il vend le sac à 4.000FCFA afin de payer les dettes qu'il a contractées auprès de ses proches pour boucler la saison. Il vend la grande tasse tomate entre 1.500FCFA et 2.000 FCFA. Actuellement, la mesure du sésame se vend à 1.250FCFA, tandis que celle du mil est à 500FCFA. Ajoutons que l'utilisation des engrais se fait au moins deux fois pour la canne à sucre, à savoir lors de la plantation et pendant la saison des pluies. Pour ceux qui ont les moyens, ils utilisent plus de deux fois les engrais. En dépit de toutes ces contraintes Mahamadou Moussa se dit satisfait de sa production, car dit-il, « j'engrange des bénéfices à l'issue de la récolte ».
Laouali Souleymane Envoyé spécial(onep)
10/01/19

AG/ONU

Editorial

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lundi 17 décembre 2018

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