Le Sahel

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M. Ousmane Baoua, Chef de Division à la Direction de la Météorologie : «C'est une température moyenne de 44 à 45 degrés Celsius que nous prévoyons sur le pays»


InvitDepuis quelque temps on enregistre une montée progressive du thermomètre dans certaines zones de notre pays et particulièrement à Niamey. Est-ce que cette situation est normale du point de vue météorologique ?
Merci de votre passage à la Direction de la Météorologie Nationale. Pour répondre directement à votre question, c'est vrai que depuis le début du mois de mars 2019, nous avons commencé à enregistrer une hausse de température. Le 31 mars 2019, nous avons fait une comparaison des températures maximales enregistrées au cours de ce mois de mars 2019 qui vient de s'achever, et celles du mois de mars 2018. Les statistiques ont montré que le mois de mars 2019 a été plus chaud que celui de 2018. Ça, c'est la première information en termes d'analyse. La deuxième, depuis le 1er avril 2019, les températures ont connu une hausse de 3 à 4 degrés Celsius sur notre pays ; et plus spécifiquement sur les régions de Niamey, Dosso, et Tillabéri. Il n'y a pas lieu de s'inquiéter de ces hausses de température, qui pour moi sont normales. Pourquoi ? Parce que nous sommes dans le mois d'avril, et qui parle du mois d'avril dans cette région du Sahel, sait très bien que c'est au cours de cette période que nous enregistrons les températures les plus élevées. Donc il n'ya rien d'étonnant à cela. Et depuis le 1er avril sur les régions de Tahoua, Niamey, Dosso et Tillabéri, nous avons enregistré 43,44, jusqu'à 45 degrés hier sur Birnin Konni. Mais c'est sur ces localités que nous avons les pics de températures maximales au cours du mois d'avril. Pour l'Est du pays, vous prenez Diffa, et Zinder le pic des températures maximales est enregistré au cours du mois de mai. Maintenant pour la partie Nord du Niger, Agadez, Bilma, et les autres localités, les températures maximales sont enregistrées en juin. Donc pour nous, il n'y a aucune inquiétude à se faire. C'est un mois d'avril et c'est le mois le plus chaud. La température la plus basse, en termes de maxi, que nous pouvons espérer pour ce mois, c'est 42 voire 43 degrés Celsius. Et nous sommes dans la norme. Donc il n'y a pas à se faire d'idée. C'est normal, nous sommes au Sahel, et nous vivons ce temps là chaque année ; il n'ya pas d'inquiétude à se faire.
Pourtant sur les réseaux sociaux des informations distillées font état de prévisions de températures qui atteignent les 49 degrés Celsius au Niger cette année. Quelle est votre réaction par rapport à ces informations, et est-ce que cela est plausible?
Je ne répondrai pas à votre question sans pour autant vous remercier et vous féliciter pour votre professionnalisme. Parce que le fait d'entendre une information et de venir à la source pour chercher confirmation c'est faire preuve de hauteur de vue. L'information, je l'ai reçue, et nous avons activé notre stratégie de communication. Je pense qu'elle n'est pas encore suffisante. Nous l'avons fait depuis hier mercredi pour informer la population, et dire que cette information qui passe sur les réseaux sociaux n'est pas correcte. C'est une fausse information qui n'émane pas de la Direction de la Météorologie Nationale. Parce que sur le message c'est écrit source : Direction de la Météorologie Nationale. Donc le plus important pour nous c'est d'informer la population. D'abord la forme du message n'est pas professionnelle, et elle ne vient pas d'un service de la météorologie. La météo ne prévoit pas au-delà de 7 jours. On rentre dans le domaine de la climatologie, et dans le domaine de la climatologie on prend la moyenne. Parce que la météo donne un paquet d'informations. Et dans ce paquet d'informations, il y a des personnes qui prennent une portion de ce paquet, pour le commenter, et en le commentant elles dénaturent la source, et cela devient autre chose. La météo a prévu que cette année 2019, sera une année où les températures seront en hausse. Et quand on l'avait dit, on avait fait nos prévisions pour le mois de mars, avril, et mai que l'on considère comme les mois chauds ici. Pour le mois d'avril, nous pensons que nous aurons une moyenne de 44 à 45 degrés Celsius. Sur le message, c'est écrit des températures de l'ordre de 49 degrés Celsius. La science de la météorologie est probabiliste ; elle n'est pas déterministe. Seul Dieu connait ce qui va arriver de manière exacte. Dans la forme du message, on parle de moyenne, on ne parle jamais d'une valeur fixe. Ça c'est un. Deux, la température de 49 degrés Celsius, est une information très grave. C'est une information derrière laquelle peuvent se cacher des conséquences désastreuses pour le Niger. Beaucoup de personnes qui ne sont pas du domaine de la météorologie ou de la climatologie ne mesurent pas l'ampleur du danger de cette information. Pour l'historique, ici au Niger, nous avons des stations qui ont été créées depuis 1905, qui ont plus de cent ans d'expérience ; un siècle de données. D'autres depuis 1936. Et lorsque nous avons questionné notre base de données depuis le début, le pic de température maximale jamais enregistré au Niger est de 48,3 Celsius degrés enregistré à Tillabéri en avril 2010. La valeur qui suit, c'est 48,2 degrés Celsius, enregistrée toujours en 2010 à Bilma. Pour ce qui concerne Niamey, le pic c'est 46,2 degrés Celsius, enregistré le 19 avril 2010. Rappelez-vous, ce jour a été un jour exceptionnel. Un jour où il ya eu de centaines de morts ici à Niamey, parce qu'il y avait la forte insolation et il y avait l'humidité ; ce que beaucoup de gens n'ont pas pu supporter. Donc du point de vue historique, le Niger n'a jamais enregistré 49 degrés Celsius. Maintenant, si je fais une lecture verticale de ce message, ça veut dire tout simplement avoir une température de 49 degrés Celsius sur le mois d'avril et le mois de mai, veut dire qu'on devrait avoir pendant ce mois d'avril plusieurs jours, plus d'une quinzaine de jours où tous les jours on aura une température supérieure ou égale à 49 degrés Celsius. Puis qu'il faut faire une moyenne des températures journalières enregistrées divisée par 31 pour avoir la température moyenne de 49 degrés. Donc nous allons rentrer dans les 50 degrés Celsius. Donc vous voyez combien cette information là est extrêmement dangereuse. Parce que derrière cette information, les conséquences sont énormes. Et ce genre d'information chez nous à la météo, si elle était vraie ne peut être communiquée par une personne lamda. Il ya une chaine de diffusion des informations de ce genre. Et moi quand j'ai ce genre d'information, on doit la remonter au Ministère des Transports qui est le Ministère de tutelle. Et là, il faut informer les autorités au plus haut niveau. Et ces informations ne sont pas diffusées sans pour autant que des dispositions soient prises. Si c'était vrai, tout ce qu'il ya comme dispositifs d'alerte, de gestion de crise, de gestion des catastrophes naturelles seront activés. Donc vous voyez l'ampleur de cette information. Les personnes qui diffusent ce genre d'information à travers les réseaux sociaux pensent peut être que cette information s'arrête sur une étendue de 1.267.000 km2. C'est à ce niveau que ces personnes ne mesurent pas l'ampleur du danger des réseaux sociaux. Ce matin, nous avons eu toutes les presses internationales qui étaient venues, tous les scientifiques avec lesquels nous collaborons en Europe et aux Etats Unis nous ont appelé pour demander la confirmation de cette information. Et vous voyez cette information telle qu'elle est donnée, elle discrédite la météo, elle discrédite également le Niger. Donc ce sont des informations qu'il ne faut pas diffuser. Mais le plus grand danger de cette information, c'est qu'elle crée une rupture de confiance. Nous sommes dans une réalité de changement climatique. Les températures sont en train de grimper d'année en année. Je ne le souhaite pas, mais un jour on peut atteindre ce genre de valeur. Le jour où la météo, par voie hiérarchique ou officielle, annoncera ce genre d'information, la population pourrait ne pas prendre ça au sérieux. Parce qu'elle peut se dire, ils ont fait ça deux, trois, quatre fois ; et ce sont des mensonges. C'est là où c'est très dangereux, car cela peut amener des dégâts et des catastrophes énormes pour un pays. Pourtant au niveau de la météo, notre porte est toujours ouverte, que ce soit pour les journalistes, que ce soit pour le citoyen lamda. Toute personne peut rentrer et demander des informations. Elle peut aussi accéder à l'information à travers notre site web, à la télévision ou à la radio. Je pense qu'on ne devrait pas aider les gens qui diffusent ce genre d'information à relayer l'information. Parce que c'est le relais qui est le plus dangereux. Lorsque je reçois ce genre d'information, je dois mesurer son ampleur avant de la relayer. Mais aujourd'hui avec l'avènement des réseaux sociaux, au lieu de faire de cela un atout pour le développement de notre pays, au contraire il va à l'encontre du développement. Nous, cette année au niveau de la météorologie nationale, c'est une température moyenne de 44 à 45 degrés Celsius que nous prévoyons sur le pays. Et ces températures sont pour nous, normales ; parce que ça coïncide avec un mois de chaleur. Le plus dangereux c'est la persistance de cette situation qui peut avoir des répercutions sur la santé. Si ça s'avère que cette année la saison est précoce et qu'on commence à avoir de la pluie, c'est fini de la chaleur. Donc vous voyez un peu les caractéristiques de la météo. Il ya beaucoup de phénomènes qui interviennent pour pouvoir déterminer cet indice de chaleur.

Quelles sont les prévisions concernant la saison des pluies cette année ?
Je ne pourrai pas vous répondre de façon claire par rapport à cette question. Nous sommes au mois d'avril, et nous sommes présentement en train de nous préparer à faire des analyses et à faire des prévisions à travers tout ce que nous avons comme modèles et se préparer par rapport à la saison d'hivernage 2019. Mais le forum de prévisions climatiques aura lieu cette année du 22 au 26 avril 2019 à Nouakchott en Mauritanie. Une équipe d'experts nigériens effectuera le déplacement, et au retour nous allons communiquer l'information de façon consensuelle dans Le Sahel spécifiquement sur le Niger.

Réalisée par Oumarou Moussa
(05/04/2019)

AG/ONU

Editorial

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lundi 17 décembre 2018

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