Le Sahel

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Dossier


cubes-de-bouillon-maison-900x505Communément appelés «arôme Maggi», les exhausteurs de goût ou additifs alimentaires envahissent le marché de plus en plus. En effet, depuis un temps, on assiste à une floraison de plusieurs variétés d'arômes et sels artificiels allant des cubes aux bouillons sans oublier la nouvelle variété qui est l'arôme épice ou « saisonning ». Provenant souvent de la Côte d'Ivoire, du Sénégal ou du Mali, ces arômes et sels artificiels sont devenus incontournables dans la plupart des ménages nigériens. Entendons par arômes ou sels artificiels, l'ensemble des additifs naturels ou artificiels utilisés pour améliorer ou modifier l'odeur et ou le goût des aliments. Les industriels de l'alimentation emploient aujourd'hui des milliers d'additifs alimentaires différents pour aromatiser leurs produits et les rendre plus appétants. Ces additifs alimentaires sont pourtant néfastes pour la santé. Ils présentent en effet le danger de causer des maladies telles que l'hypertension artérielle, le diabète en raison de leur forte teneur en sel.
Docteur Sani Hassane, spécialiste en médecine familiale et communautaire, nous explique que les scientifiques agroalimentaires, les médecins et les diététistes admettent à l'unanimité que la consommation des arômes et sels artificiels a un impact à long terme sur la santé humaine. «C'est aujourd'hui une des raisons du développement exponentiel des allergies, obésité et des maladies cardiovasculaires et cérébrales ».
Il affirme qu'il est très difficile de définir avec précision la composition chimique des arômes et sels artificiels vu leur grande variété sur la nature, la composition et l'utilisation. Cependant, selon l'OMS, plus de 2700 substances servent en combinaison à créer plus de 6000 arômes artificiels faisant ainsi l'objet d'un total mystère. Par ailleurs, l'exhausteur du goût le plus répandu est le glutamate de sodium consommé dans la plupart des foyers nigériens. C'est une substance fabriquée en fermentant un féculent et un sucre parfois caché dans les étiquettes alimentaires sous différents noms comme «assaisonnements naturels ». Les conséquences de l'utilisation de ces substances sont directement liées à la consommation exagérée du sel que contiennent ces produits, notamment le sodium ; «cela peut entrainer à long terme des maladies comme l'hypertension artérielle, les maladies cardiovasculaires et cérébrales ou tout simplement des réactions allergiques liées à ces produits chimiques», nous indique Dr. Sani.
Les signes de ces maladies varient selon la forme clinique de présentation, le type de maladie, l'âge et les antécédents du sujet. Cela peut débuter par de simples céphalées à des troubles de la conscience voire même le coma quand il s'agit des maladies cérébrovasculaires. Le malade peut également présenter des douleurs thoraciques, des difficultés respiratoires ou sensation d'oppression thoracique ou tout simplement des lésions cutanées évocatrices de réaction allergique. Cependant, la prise en charge de ces maladies dépend de l'état clinique du malade, du type de la maladie et de ses antécédents médicaux. C'est alors individualisé au cas par cas. En effet, certaines de ces maladies exigent un traitement à vie, c'est le cas de l'hypertension artificielle. D'autres comme les AVC peuvent laisser des séquelles handicapantes et malheureusement, il y a des patients qui présentent des complications qui engagent le pronostic vital. Il souligne qu'ils enregistrent une cinquantaine de cas en consultation et d'autres sont directement hospitalisés selon leur état de santé.poision
Enfin, Dr. Sani exhorte la population à délaisser la consommation des arômes et sels artificiels parce qu'ils n'ont aucun bénéfice et en plus ils constituent un problème de santé publique. «L'OMS estime qu'on pourrait éviter chaque année 2, 5 millions de décès si la consommation de sel au niveau mondial était ramenée au niveau recommandé. L'élimination des additifs alimentaires est donc le premier pas décisif pour atteindre cet objectif ; le Mexique a adopté une loi en 2017 éliminant le sel de table dans les espaces publics comme les restaurants et les hôtels. Il faut consommer plus de légumes et fruit et pratiquer le sport de manière régulière ».

Des non consommateurs et consommateurs témoignent

Mme Aissa explique qu'avant, elle ne pouvait pas faire la cuisine sans utiliser ces bouillons. Mais depuis que son conjoint a appris les méfaits liés à cette consommation, il lui a ordonné de cesser toute utilisation. Dès lors, elle fait ses sauces sans arômes, elle met ses condiments et l'assaisonne avec du sel. Selon elle, elle ne trouve pas de différence entre utiliser l'arôme et non. C'est la même chose et cela fait pratiquement un an qu'elle n'utilise plus cela.
Mme Djama, quant à elle, nous explique qu'elle consomme toujours les arômes. Elle a certes eu vent des conséquences liées à la consommation de ces arômes mais n'arrive pourtant pas à s'y défaire. Selon elle, elle ne peut s'empêcher d'en utiliser car ils rendent ses mets meilleurs. Mais, elle affirme avoir diminué quand même la dose qu'elle utilise quotidiennement dans sa cuisine. Au lieu de trois cubes, elle en est revenu à un et demi.
Enfin, Mme Hassan Amina, une des malades de ces arômes, témoigne que si aujourd'hui elle souffre d'hypertension artérielle, c'est bien à cause de la consommation des arômes. Elle nous explique que cela avait débuté par des palpitations et des maux de tête jusqu'au jour ou elle a fait une crise. Elle affirme que aujourd'hui, chez elle, on n'utilise ni arôme, ni sel artificiel et que le sel utilisé dans sa cuisine est un sel spécial qui provient d'Agadez en plus des épices naturels comme les persils et céleris. Elle exhorte toutes les femmes à cesser ou à modérer l'utilisations de ces arômes néfastes dans leur cuisine. Bien manger, c'est bon, mais manger sain c'est encore mieux.

Par Rahila Tagou
24/05/19

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