Le Sahel

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Dossier


d-1La quantité de sang reçue par le Centre National de Transfusion Sanguine (CNTS) est actuellement insuffisante pour répondre aux besoins exprimés par l'Hôpital National, le Centre Hospitalier Universitaire (CHU), les maternités ou encore les cliniques de la capitale. Il y a aussi le paradoxe pour les patients qui mobilisent plusieurs membres de leur famille en perspective d'une opération, sans pour autant trouver de donneur compatible. D'une part, des cadres de la santé confirment que certains patients dans la détresse sont prêts à payer pour obtenir le précieux liquide; d'autre part, certains patients dénoncent dans les coulisses la pratique malsaine de commercialisation du sang. Rumeurs ou triste réalité, l'approvisionnement, la disponibilité et la gestion du sang suscitent aujourd'hui beaucoup d'interrogations. Dossier.
Au Niger, seuls le Centre National de Transfusion Sanguine (CNTS) et ses cinq (5) Centres Régionaux ont le mandat de fabriquer du sang au Niger. A cet effet, tout médecin qui fait face à un besoin soumet un bon de commande de sang en fonction du poids de son patient. Il y joint un bulletin qui définit entre autres, le taux d'hémoglobine et le pourcentage d'hématocrite dans le sang. Il ajoutera à ces formalités les tests de groupage. Les trois (3) éléments précités sont ensuite transmis au CNTS par l'intermédiaire d'un infirmier ou de l'ambulancier.
Cependant, le CNTS se trouve dans l'incapacité de constituer une réserve. La demande est plus forte que l'offre, certains groupes de sang sont plus faciles à trouver que d'autres. Dans le cas du groupe sanguin ''O négatif'', des patients ont fait défiler jusqu'à 10 membres de leur famille sans qu'on ne trouve de compatibilité. Globalement, on parle de problème d'approvisionnement en sang. Cette situation cause de manière générale un retard dans la prise en charge des patients. Il n'y a pas de statistiques sur les cas de décès causés par cette situation.
« Selon les recommandations de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), il faut que 1% de la population d'un pays puisse donner son sang pour disposer d'une autosuffisance en matière de transfusion sanguine. En fonction de la population du Niger, il s'agit d'atteindre 180 000 dons. En 2016 par exemple, il n'y a eu que 98 000 dons», explique le directeur général du Centre National de Transfusion Sanguine (CNTS) et médecin général de brigade, Dr. Saïdou Maïguizo. Il poursuit en soulignant qu'il y a incontestablement des brebis galeuses dans toute entreprise humaine, d'où la signalisation de cas de vente de sang. Il s'agit selon lui de circuits entre le CNTS et les structures sanitaires qui bénéficient de sang.
Le directeur général du CNTS soutient que les premières mesures qui sont prises pour éviter le détournement des poches de sang sont d'abord l'enquête pour connaitre les responsables. Un système de recherche de renseignements est engagé et des sanctions de radiation du corps de la santé sont engagées quand cela s'avère confirmé. Tous les agents sont informés du principe que le sang ne s'achète pas et ne se vend pas. Le Niger a opté pour une politique de gratuité de la poche sanguine. «Nous encourageons la population à dénoncer les individus impliqués dans le trafic du sang. Car les donneurs de sang le font gratuitement sans rétribution financière. Ils le font pour sauver des gens », rappelle le Dr. Saïdou Maïguizo.
Le major du service de la Biologie du Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Lamordé, M. Hassane Aboubacar affirme pour sa part que son institution ne dispose pas de banque de sang, mais uniquement d'un dépôt. Ainsi, ils effectuent chaque jour des bons de commande de sang au CNTS qui sert en fonction de la disponibilité. «Il y a des périodes où nos besoins ne sont pas satisfaits. En effet, quand on demande quatre (4 poches) pendant le ramadan et les périodes de vacances, à peine on reçoit une (1) poche et parfois on ne reçoit rien. Il nous arrive de perdre des patients par manque de transfusion, surtout dans les services de pédiatrie. Il faut souvent faire recourt aux membres de la famille du patient pour qu'ils lui fassent un don avant une intervention, mais certains malades quittent seuls la brousse pour venir se faire soigner à Niamey», affirme le major du service de la Biologie du CHU.
Quant au Chef de service des urgences chirurgicales de l'Hôpital National de Niamey, Dr. Guenou Addo, il dit ne pas être en mesure de rapporter s'il y a commercialisation ou non de poche sanguine du moment où son service n'est pas dépositaire de sang. «C'est au besoin seulement que nous formulons une demande. Jamais le CNTS ne nous a demandé de débourser une somme en échange de sang. A notre niveau, on ne peut ni confirmer, ni infirmer. Si on trouve des gens qui achètent ou qui vendent, ils seront dans une situation inconfortable, donc hors la loi. Le sang ne se vend pas. Le sang ne s'achète pas», rapporte Dr. Guenou Addo.
Pour la responsable de l'urgence pédiatrique, les patients venant de la brousse sans accompagnants demandent souvent aux infirmiers s'ils peuvent acheter du sang quel que soit le prix. Or, nous savons que certains peinent à donner du sang même à leurs enfants prétextant qu'ils ne peuvent pas se vider de leur sang. Dans de telles circonstances, des patients peuvent attendre jusqu'à 48h avant de se faire transfuser.
« Il y a des moments où on peut attendre trois jours avant d'avoir satisfaction. D'où le fait de conseiller au patient de trouver ses donneurs. En ce qui me concerne, je n'ai jamais eu écho d'une éventuelle vente de sang et pourtant je suis en service depuis l'année 2005. S'il y a des choses qui se passent en bas à notre insu, je ne peux pas l'attester», dit le chef de service d'onco-hématologie de l'Hôpital National de Niamey, Dr. Diakité Ibrahima.

Samira Sabou(onep)
21/07/17

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AG/ONU

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