Le Sahel

pub_bann
A+ A A-

Cinéma nigérien : Oumarou Ganda, cet immortel


Oumarou--1Frappé par un malaise cardiaque Oumarou Ganda meurt brutalement le 1er janvier 1981 alors que la veille, il travaillait sur le scénario d'un documentaire. Le monde apprend alors avec une vive émotion la disparition de celui qu'on considère au-delà du Niger comme l'un des plus grands cinéastes du Continent africain.
Au Niger, outre la douleur ressentie, le milieu cinématographique s'interroge sur l'avenir du 7ème art dans notre pays qui, du vivant de l'illustre disparu, occupait le 2ème rang en Afrique de l'Ouest après le Sénégal. Normal dans ces conditions d'être inquiet, voire d'épouser la thèse des pessimistes qui y vont de leurs commentaires, prophétisant la décadence du cinéma dans notre pays. Même si le mot décadence évoqué par ces oiseaux de mauvais augure est excessif, il n'en demeure pas moins qu'aujourd'hui, 35 ans après Oumarou Ganda, le cinéma nigérien bat de l'aile pour ne pas dire pire que cela. Absent des grandes rencontres cinématographiques du Continent d'où il figurait en vedette, notamment du festival de Carthage en Tunisie ou, plus grave encore, du Festival du cinéma de Ouagadougou (Fespaco) dont le 3ème prix est intitulé ''Prix Oumarou Ganda'', le cinéma nigérien mettra encore du temps à se relever si l'on ne pare pas au plus pressé. De là à ignorer les nombreux succès remportés par Moustapha Alassane, Mustapha Diop et Djingarey Maïga, il n'est pas question. Ils ont certes réalisé des grands films, mais tout le monde s'accorde à dire que la dynamique du cinéma nigérien impulsée par Oumarou Ganda a baissé d'un ton.
De taille très moyenne, qualifié de franc et d'honnête, de direct et de simple mais d'exigeant d'après ceux qui l'ont connu, Oumarou Ganda est l'archétype des enfants des quartiers pauvres de Niamey où il naquit en1935. ''Déscolarisé dès le primaire'' pour certains, ''il n'a jamais mis pied à l'école'' selon d'autres, le jeune Ganda n'a pratiquement rien de significatif devant lui. Ainsi naissent souvent les grands hommes que la providence se charge de combler. D'ailleurs, elle ne tardera pas à se manifester. En 1951, alors qu'il n'avait que 16 ans, il est engagé dans le corps expéditionnaire français en Indochine. De retour au Niger en 1955, il devient enquêteur-statisticien durant un an. Insatiable, il claque la porte et ''s'exile'', à Abidjan (Côte-d'Ivoire) devenu après le Ghana le nouvel Eldorado des migrants issus du Soudan français. Là, il s'exerce dans le métier de docker, exactement comme le Sénégalais Sembène Ousmane en France. Qu'y a-t-il de secret dans le métier de docker pour que deux cinéastes parmi les grands du Continent sortent de ses rangs. Autodidactes tous les deux, ils vont explorer les contours du cinéma africain sous la colonisation et s'imposer.

Mais c'est sa rencontre fortuite avec Jean Rouch qui va être déterminante puisqu'il lui confie un rôle dans le film ''Moi un Noir'' dans lequel il interprétera le rôle d'un ancien militaire d'Indochine, fonction qu'il a occupée de 1951 à 1955 dans le corps expéditionnaire français dès l'âge de 16 ans. C'est le déclic. C'est la naissance d'une passion pour le 7ème art qui durera toute sa vie.
Malgré sa vie insouciante à Abidjan, il se sent à l'étroit. En vérité, il avait le mal du pays. De retour au Niger, il fréquenta le Centre Culturel Franco Nigérien, la seule référence du pays dans le domaine des manifestations culturelles dans la capitale. Grâce à ses talents d'assistant-réalisateur acquis en Côte d'Ivoire, il intègre le groupe Culture & Cinéma, fondé à Niamey. En 1968, il tourne son premier scénario ''Cabascabo'' grâce à une bourse de la coopération. La même année, il s'envole pour Paris afin de procéder au montage de son film. Il se trouve coincé dans la capitale française suite aux évènements insurrectionnels de soixante-huitards. Le film retrace en vérité son propre vécu sur le champ de bataille en Indochine. C'est au demeurant l'histoire d'un jeune soldat vétéran de la guerre qui débarque dans son pays. Il croyait que cela lui ouvrirait les portes de l'emploi. Désillusion ! Du travail il n'en trouva point.
Sélectionné au festival de Cannes pour la semaine de la critique internationale, il obtint le Prix spécial du jury au festival de Moscou, puis à Malaga en Espagne où il obtint le prix de la critique internationale et celui de la Fédération espagnole des cinés clubs à Carthage, une mention. C'est le début d'une brillante carrière. Expérimenté dans le domaine, il s'émancipe en réalisant presque coup sur coup ''Wazzou polygame'' en 1970 et ''Saitane'' en 1972. Le premier est une critique des travers de la société nigérienne axée sur les mariages polygames en vogue à Niamey; quant au second, il met en exergue la puissance de l'argent, l'adultère d'un marabout véreux, incarnés par des acteurs de talents tels Zalika Souley, Amadou Saley et Oumarou Ganda. Notons que très souvent, ce réalisateur joue aussi des rôles dans ses films. Le dernier film de Ganda est ''L'Exilé'' sorti en 1980. C'est un film majeur qui s'inspire du conte africain dans son déroulement narratif. Pour les critiques, Oumarou Ganda introduit de ce fait une technique cinématographique jusque-là inexplorée.
Malgré le temps fou que requièrent les tournages, il s'est permis de varier ses goûts. Ainsi, après la réalisation des longs métrages, il s'est intéressé aux films documentaires et a réussi le tour de force de tourner ''Cock Cock Cock'' en 1977. C'est un hommage aux talents de ce grand chanteur, Seybou Ayorou, que nous connaissons tous sous le pseudonyme de ''Cokcokcok''. Parmi les documentaires, figurent aussi ''Batatu'' en 1976 et ''Le Niger au festival de Carthage'' en 1980. Ce dernier est un reportage télé montrant la participation des Nigériens aux événements cinématographiques d'envergure internationale.

Près de cinq films longs et moyens métrages pour autant de documentaires, voilà l''héritage laissé par ce grand cinéaste arraché à notre affection à l'âge de 45 ans. Ses réalisations tissées dans le monde fermé des grands réalisateurs, son talent d'orateur qui lui a permis de défendre ses films face à la critique des journalistes du domaine, la qualité de ses films, son charisme personnel, ont permis au Niger d'être, à chaque rencontre, cité parmi les meilleurs nations du 7ème art. Il était également le seul cinéaste à avoir décroché, en 1972, le prix de l'Etalon de Yennega, soit la haute distinction du Festival de Ouagadougou, pour son film le ''Wazzou Polygame''. Sa mémoire a été immortalisée par un centre culturel nigérien qui porte son nom, le CCOG, Centre Culturel Oumarou Ganda.

La jeune génération doit s'inspirer de son travail et de sa combativité pour redorer le blason du cinéma nigérien. Son exemple doit réveiller les jeunes réalisateurs nigériens qui cachent leur insuccès derrière le manque de financement étatique ou de la coopération. Ganda n'était pas riche. Il était mort pauvre. Mais il restera immortel.
O. ALI

www.lesahel.org

Culture

Entretien avec le comédien, et acteur burkinabè, M. Gustave Sorgo : «Il ne suffit pas de prendre un caméscope pour deven…

Entretien avec le comédien, et acteur burkinabè, M. Gustave Sorgo : «Il ne suffit pas de prendre un caméscope pour devenir cinéaste, il y a une didactique cinématographique qu'il faut connaitre», déclare Gustave Sorgo

Rien ne semblait prédisposer Sorgo Dak Jean Gustave, qui était d'abord enseignant puis employé de banque à la carrière de comédien et d'acteur, à part le désir qu'il a toujours eu de faire rire les autres, depuis l'école primaire quand il jouait dans des sketches. Appelé « Tonton Gaoussou », par les uns, « Sidiki », par les autres, Gustave Sorgo a fait du théâtre dans sa jeunesse. Mais c'est la rencontre en 1979 avec le réalisateur de r...

Vernissage du livre '' La Croix d'Agadès'' ou TENEGHL'T : TENEGHL'T, une identité culturelle nigérienne confirmée

Vernissage du livre '' La Croix d'Agadès'' ou TENEGHL'T : TENEGHL'T, une identité culturelle nigérienne confirmée

Le ministre de la Renaissance Culturelle, des Arts et de la Modernisation Sociale, Porte-parole du Gouvernement, M. Assoumana Mallam Issa, a présidé, jeudi dernier, au Musée National Boubou Hama, la cérémonie officielle du vernissage du livre de Thiamidi Babou Magha, intitulé ''La Croix d'Agadès'' ou TENEGHL'T, symbolisme et fonctions sociopolitiques.Dans ce livre, l'auteur montre le rôle sociopolitique de cette croix, ses fonctions et ...

Zin'naariâ ! L'alliance d'or de Rahmatou Keita, au Fespaco 2017 : Le film qui a séduit par la qualité de ses images

Zin'naariâ ! L'alliance d'or de Rahmatou Keita, au Fespaco 2017 : Le film qui a séduit par la qualité de ses images

En course pour l'étalon d'or de Yennenga au 25ème Fespaco, Zin'naariâ! (l'alliance d'or), le long métrage de la réalisatrice nigérienne Rahmatou Keita a décroché le trophée et le prix de la meilleure image.Zin'naariâ ! (l'alliance d'or) est un film du genre romantique d'une durée de 92 mn sorti en 2016. Sa première projection au 25ème Fespaco a eu lieu le 2 mars au "Ciné Burkina" de Ouagadougou. Dès la première scène, l'une des apprécia...

Cérémonie de clôture de la 25ème édition du FESPACO à Ouagadougou : «Félicité» du Sénégalais Alain Gomis remporte l'Etal…

Cérémonie de clôture de la 25ème édition du FESPACO à Ouagadougou : «Félicité» du Sénégalais Alain Gomis remporte l'Etalon d'or de Yénnega

Après dix jours et autant de nuits de projection de films courts et longs métrages, de séries télévisées, de films documentaires, et films d'écoles africaines de cinéma, et de panorama longs métrages fiction et documentaires, les écrans de la 25ème édition du Festival Panafricain du Cinéma et de la télévision de Ouagadougou se sont refermés, le 4 mars dernier au Palais des sports de Ouaga 2000, avec une cérémonie de clôture grandiose à ...

Alain Gomis, la confirmation d'un talent avec «Félicité»

Alain Gomis, la confirmation d'un talent avec «Félicité»

C'était le moment tant attendu du Fespaco, celui des palmarès avec la remise du prestigieux trophée, l'étalon d'or de Yennenga remporté cette année par le réalisateur sénégalais Alain Gomis avec « Félicité », un film d'une durée de 120mn sorti en 2016.Sans grande surprise l'étalon d'or de la 25ème édition du Fespaco a été remporté par le réalisateur sénégalais Alain Gomis avec son long métrage « Félicité ». Le succès remporté à Berlin p...

Projection de la série télévisée nigérienne en compétition au 25ème Fespaco à Ouagadougou : Baptême du feu pour " D…

Projection de la série télévisée nigérienne en compétition au 25ème Fespaco à Ouagadougou : Baptême du feu pour " Délou"

Sortie, le 3 décembre 2016, la série télévisée "Délou" du réalisateur nigérien Souleymane Mahamane, a été sélectionnée pour la compétition officielle au 25ème Fespaco. Le film d'une cinquantaine d'épisodes qui retrace le cheminement d'une femme décidée à devenir présidente, pour mettre fin à l'injustice, dont elle et ses concitoyens sont victimes, a été projeté le 26 février 2017 dans la salle « CBC » de Ouaga. Mais, seulement les trois...

Ouverture officielle de la 25ème édition du Fespaco : C'est parti pour la course à l'étalon d'or de Yennega

Ouverture officielle de la 25ème édition du Fespaco : C'est parti pour la course à l'étalon d'or de Yennega

Le Clap d'ouverture de la 25ème édition du Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (Fespaco) a été donné par le président du Faso, Sem Roch Marc Christian Kaboré dans l'après-midi du 25 février au stade municipal de Ouagadougou. Placé sous le thème "Formation et métiers du cinéma et de l'audiovisuel'', l'édition 2017 du festival met à l'honneur la Côte d'Ivoire, pays invité d'honneur. Ce pays qui marque sa prés...

Portrait d'Artiste : Hassane Boukary, artiste engagé pour la promotion de la paix

Portrait d'Artiste : Hassane Boukary, artiste engagé pour la promotion de la paix

Habillé d'un costume traditionnel nigérien, l'artiste tenait entre ses mains une canne en bronze en forme de vipère. Souriant et très ouvert, Hassane Boukary surnommé « Nounou » est auteur compositeur. Il avait débuté le métier d'artiste depuis son jeune âge. « J'ai embrassé la musique par amour, je ne l'ai pas hérité. Aucun membre de ma famille n'est chanteur », a-t-il déclaré. Selon lui, à travers la musique, il pense apporter sa cont...

Point de presse du ministre du Tourisme et de l'Artisanat sur la tenue du Festival de l'Air : Pour la relance du tourism…

Point de presse du ministre du Tourisme et de l'Artisanat sur la tenue du Festival de l'Air : Pour la relance du tourisme au Niger

C'est en prélude à la 12ème édition du Festival de l'Air, qui est un grand événement touristique pour le Niger en général et particulièrement pour la région d'Agadez, que le ministre du Tourisme et de l'Artisanat M. Ahmed Boto a animé samedi dernier, dans la salle de réunions dudit ministère, un point presse pour le lancement des préparatifs de ce rendez vous. Le festival de l'Air, édition 2017 est prévu du 10 au 12 mars prochain à Ifer...

Théâtre : « La petite orange de ma mère » de Mamane M.I. Zeinabou : Sexe, sueur, salive et sang

Théâtre : « La petite orange de ma mère » de Mamane M.I. Zeinabou : Sexe, sueur, salive et sang

Le monologue, « la petite orange de ma mère » est une pièce écrite, mise en scène et jouée par Mamane Malam Issoufou Zeinabou, étudiante en master2 Arts du spectacle à la Faculté des Lettres et Sciences Humaine (FLSH) de l'Université Abdou Moumouni de Niamey (UAM). La pièce a été jouée la nuit du 27 janvier 2017 sur la scène « plein air », échafaudée dans l'enceinte de la FLSH, à l'occasion de la journée événement de la filière Arts du ...

AG/ONU

Editorial

L'invité de Sahel dimanche

Audiences

Dossier

L'Initiative 3N : Un programme qui marque un chang…

L'Initiative 3N : Un programme qui marque un changement de comportement dans la région de Dosso

L'Initiative 3N, faudrait-il le rappeler, est un programme ambitieux, une vision du Présid...

vendredi 21 avril 2017

Cultures irriguées à Dosso : D'importantes potenti…

Cultures irriguées à Dosso : D'importantes potentialités en terres irrigables dans la région

Les cultures irriguées contribuent à l'atteinte de l'objectif global de l'Initiative 3N. L...

vendredi 21 avril 2017

Les africains et le petit commerce en Inde : De l'…

Les africains et le petit commerce en Inde : De l'espoir dans le petit business malgré la peur....

Du 11 au 22 mars dernier, une trentaine de journalistes africains ont séjourné dans la cap...

vendredi 14 avril 2017

L'air du temps

Ces scènes de rue, telles qu'on les aime

Ces scènes de rue, telles qu'on les aime

Des scènes de rue, on en trouve très fréquemment à Niamey. De quoi satisfaire les bandes d...

vendredi 21 avril 2017

Newsletter

© Le portail dynamique de l'information au Niger | conception jourdain-informatique.