Le Sahel

pub_bann
A+ A A-

L'ONG Dimol : Un exemple dans la réinsertion et l'accompagnement des femmes fistuleuses


Mme-TRAORE-SalamatouDimol est une organisation non gouvernementale nigérienne qui œuvre depuis plusieurs années en faveur des femmes fistuleuses. Il est difficile d'aborder un tel sujet sans parler de cette Ong bien connue de tous. Sa présidente, Mme Salamatou Traoré, sage femme de formation, y consacre la plupart de son temps. Aujourd'hui encore, les activités de l'ONG Dimol se résument à la recherche de nouveau cas ; l'accueil et l'hébergement des patientes ; la préparation et l'orientation des patientes à l'opération chirurgicale ; les formations à l'autonomisation socio économique et le leadership féminin des victimes et des femmes des groupements féminins aux Activités Génératrices de Revenus (AGR). Dimol s'adonnent aussi à la réintégration sociale accompagnée ; les formations en santé de la reproduction et planification familiale (SR/PF) ; le suivi des femmes guéries et l'accompagnement à la césarienne prophylactique des anciennes patientes.
Dans cet esprit, l'Ong a mené depuis sa création, plusieurs actions concrètes en faveur des femmes victimes de la fistule. Il s'agit selon Mme Traoré Salamatou de la création d'un centre d'hébergement des victimes de la fistule exproprié en 2004 ; de la création et l'équipement d'une maternité rurale à Kohan Garanké/Say en 2015 par l'Ambassade d'Allemagne ; de la réinsertion et l'accompagnement de plus de 420 femmes guéries de la fistule dans leurs communautés ; de la formation en AGR (Couture, Tricotage, Embouche, Fabrication de perles, etc.) de plus de 600 femmes ; la formation en compétence de vie (hygiène corporelle et du milieu, etc.) de plus de 800 femmes. Selon la présidente de Dimol, ce sont les mêmes actions qui sont aujourd'hui réalisées pour les femmes au niveau du centre. Toutefois, l'Ong rencontre quelques difficultés dans la pratique de ses activités. Il s'agit selon sa présidente de la faible mobilisation des ressources ; de la non-maitrise des distances géographiques et des villages de provenance des patientes, de l'accès difficile pour la réintégration sociale accompagnée et des déménagements multiples du centre d'hébergement Dimol.

Parlant de la fistule, Mme Traoré Salamatou explique que c'est une communication anormale de l'appareil génital féminin entre le vagin, la vessie, le rectum et rarement avec l'utérus résultant de l'accouchement. « Elle se traduit par une incontinence urinaire ou une perte de matière fécales suite à un accouchement compliqué, difficile et prolongé sans assistance médicale. L'enfant meurt presque toujours durant le travail et la mère est généralement confrontée à de graves problèmes physiques, psychologiques, économiques, et sociaux. Les femmes frappées par cette tragédie sont souvent abandonnées par leurs maris ou les membres de leurs familles ». En somme selon Mme Traoré, la fistule est une pathologie invalidante, considérée par bien de gens comme une ''maladie de la honte''. Pour la présidente de l'Ong Dimol, « bien que les causes immédiates des fistules obstétricales dans les pays en développement soient dues à un travail avec obstruction et à un manque d'accès à des soins obstétricaux d'urgence, l'extrême pauvreté est bien souvent la cause principale. Cette pauvreté des populations est caractérisée par l'inaccessibilité aux infrastructures sanitaires, l'inadéquation des moyens de déplacement et des moyens de communication».

Aussi, « l'existence de la fistule dans la société accroît la pauvreté du fait du coût de la prise en charge et de l'inactivité de la patiente, qui constitue un fardeau pour la communauté», ajoute Mme Traoré. Selon elle, la non scolarisation de la fille est aussi un frein à l'émancipation de la femme et dans les prises de décision. Souvent, affirme-t-elle, les filles n'ont jamais la chance d'être inscrites à l'école parce qu'elle est perçue comme une institution qui véhicule des valeurs négatives. « On interrompt la scolarité de la petite fille pour faire d'elle une mère de foyer malgré son immaturité physique et mentale. Pour certains parents, la petite fille court des dangers quand elle va à l'école. Ceci est d'autant plus inquiétant quand elle accède au collège. Ils estiment que son éloignement du domicile familial l'entraîne à la débauche, provocant notamment une grossesse hors mariage, des enfants illégitimes ou les avortements provoqués », affirme la présidente de l'Ong Dimol.

Le mariage précoce et les maternités précoces sont également pour elle, d'autres causes de la fistule. Dans de nombreuses zones rurales, indique Mme Traoré, les filles sont données en mariage avant leurs premières règles – entre 10 et 15 ans. La survenue d'une grossesse chez une mère enfant dont le bassin n'est pas suffisamment développé peut causer des complications lors de l'accouchement sans assistance médicale entraînant ainsi la fistule obstétricale chez la fille. Enfin selon Mme Traoré, les pratiques traditionnelles nuisibles augmentent les risques de fistules. « Dans certaines régions, le Dan Gourya, Habizé, Yankan Guichiri contribuent également, directement ou indirectement, à créer la fistule et d'autres complications gynécologiques et obstétricales tardives. Les Mutilations Génitales Féminines (MGF) sont généralement effectuées dans des conditions non hygiéniques par des exciseuses ou des barbiers ; il s'agit de l'ablation d'une partie ou la totalité des organes génitaux externes de la femme. L'élargissement du vagin lors du mariage précoce crée aussi la fistule », explique-t-elle. A ces causes s'ajoute l'impréparation de l'arrivée des bébés. En effet, c'est lorsque des complications lors de l'accouchement se présentent qu'on essaye de mobiliser des fonds pour y pallier, ajoute la présidente de l'Ong Dimol.

Les conséquences de cette maladie sur la vie socio-économique des femmes sont nombreuses. «Incapables de rester sèches, beaucoup de femmes souffrent de regards, d'humiliation du fait des mauvaises odeurs d'urine et/ou d'excréments. Certaines femmes boivent le moins possible pour éviter les fuites d'urine et se déshydratent ainsi; ce qui donne des calculs vésicaux. Il peut aussi leur être difficile de marcher parce que les nerfs des membres inférieurs sont atteints. Elles sont souvent rejetées par leurs époux ou leurs partenaires et évitées par leurs communautés. Les femmes non soignées, non seulement peuvent s'attendre à une vie de honte et d'isolement, mais risquent aussi de connaître une mort lente et prématurée pour cause d'infection et d'insuffisance rénale », explique Mme Traoré. C'est pourquoi, elle lance un appel à l'Etat, aux partenaires techniques et financiers, aux décideurs, aux communautés et aux ONG pour se mobiliser dans la lutte contre la fistule afin de préserver la vie des femmes qui donnent la vie. La fistule est une maladie comme les autres, elle se prévient et se guérit complètement.

Idé Fatouma(onep)

05/10/17

Etranger

Error: No articles to display

AG/ONU

Editorial

L'invité de Sahel dimanche

Audiences

Dossier

Le paludisme : Des efforts soutenus dans la lutte …

Le paludisme est une maladie parasitaire qui constitue un problème de santé publique au Ni...

vendredi 27 octobre 2017

Interview de Dr. Hadiza Jackou, Coordinatrice du P…

Cette année encore, le paludisme fait beaucoup de victimes au Niger : quel est le nombre d...

vendredi 27 octobre 2017

Paludisme : Le choix de lutte

La lutte contre le paludisme a été entreprise, à l'échelle internationale, par l'Organisat...

vendredi 27 octobre 2017

L'air du temps

Fuite des cerveaux : à qui la faute ?

Fuite des cerveaux : à qui la faute ?

Dès qu'on parle de fuite de cerveaux, on se tourne à première vue vers l'occident. Et pour...

vendredi 8 décembre 2017

Newsletter

© Le portail dynamique de l'information au Niger | conception jourdain-informatique.