Le Sahel

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L'Ambassadeur de l'Union Européenne(UE) dresse le bilan de la Coopération UE-Niger : ''Le Niger est indiscutablement aujourd'hui un partenaire privilégié de l'Union Européenne'', déclare M. Raul Mateus Paula


invitExcellence Monsieur l'Ambassadeur, comment se portent les relations entre l'Union Européenne et le Niger en cette fin d'année 2016, et quels en ont été les faits marquants?
Je crois pouvoir dire que les relations entre l'Union Européenne et le Niger sont excellentes. Le Niger est indiscutablement aujourd'hui un partenaire privilégié de l'Union Européenne. Cette relation privilégiée s'inscrit dans une communauté de vues sur de nombreux sujets qui touchent à la fois le Niger et la sous-région, nécessitant un partenariat ouvert et un dialogue politique permanent au niveau approprié.
Cette communauté de vues commence par l'analyse des défis de court et moyen termes auxquels le pays doit faire face. Je parlerai rapidement des défis ''exogènes'' tels que les défis économiques, la chute des prix des matières premières et la situation économique du Nigeria, des défis climatiques qui menacent les potentialités agricoles du pays et risquent d'entrainer des mutations profondes, et bien entendu des défis sécuritaires aux frontières du pays, dont le coût financier, humain et les conséquences humanitaires sont désastreuses aujourd'hui. Je n'oublie pas les ''défis endogènes'' importants que les autorités ont également parfaitement identifiés, tels que les défis sociétaux, pour que le pays s'engage résolument dans la voie d'une transition démographique nécessaire, les défis institutionnels relatifs à la gouvernance et aux nécessaires réformes structurelles qui devront permettre à la totalité de la population de bénéficier de la sécurité à laquelle elle aspire, ainsi que des services de base dans le domaine des soins, de l'éducation, des transports, de l'énergie....
Notre partenariat consiste avant tout à travailler ensemble pour permettre à l'Union Européenne, ainsi qu'aux autres partenaires du Niger, de contribuer aux plans de réponse élaborés par les autorités pour faire face aux défis mentionnés. Il s'agit donc d'établir un dialogue sectoriel régulier, permanent et ouvert pour garantir que les réponses soient à la hauteur des enjeux.
Enfin, ce partenariat doit être conduit dans le cadre d'un dialogue politique permanent. C'est mon rôle en tant qu'ambassadeur de l'Union Européenne de conduire ce dialogue en étroite collaboration avec mes collègues représentants les Etats-membres de l'UE au Niger. C'est aussi l'objet des nombreuses missions effectuées par les plus hautes autorités de l'UE à Niamey, ainsi que des rencontres régulières à l'occasion des différents sommets internationaux auxquels nous participons ensemble avec le Niger. C'est ainsi que Madame Mogherini, notre Haute représentante pour la politique étrangère a effectué au Niger son premier déplacement en Afrique en Septembre 2015. Cette visite a été suivie de nombreuses autres missions de haut niveau. Enfin, j'ai transmis, il y a quelques jours, une correspondance du président de la Commission Européenne, M. Jean-Claude Juncker, invitant SEM. le Président de la République, Issoufou Mahamadou à se rendre à Bruxelles.

Avant d'aborder ses aspects thématiques ou sectoriels, veuillez nous présenter les grandes lignes de cette coopération entre l'Union Européenne et le Niger?
Le programme de coopération est décidé conjointement entre la Commission Européenne et le Gouvernement nigérien, représenté par le Ministre des Finances, Ordonnateur national du Fonds Européen de Développement (FED), principal instrument de financement de ce programme.
Celui-ci est formalisé dans un document de programmation pluriannuelle, le Programme Indicatif National (PIN), dont nous démarrons actuellement la mise en œuvre qui porte sur la période 2014-2020 (11ème FED) et qui s'articule sur le Programme de Développement Economique et Social du Niger (PDES) et en reflète les priorités. En résumé, notre programme de coopération porte sur quatre secteurs principaux que sont la sécurité alimentaire et nutritionnelle et la résilience ; le renforcement de la capacité de l'Etat pour la mise en œuvre des politiques sociales, y compris le renforcement de la gestion des finances publiques, la sécurité, la bonne gouvernance et la consolidation de la paix et, finalement, le désenclavement de régions affectées par l'insécurité et le risque de conflit.
Une attention particulière est accordée aux appuis à la société civile et aux jeunes, à la lutte contre la radicalisation et aux valeurs démocratiques. Outre l'approche projet, l'appui budgétaire est une modalité importante de mobilisation de l'aide communautaire. A côté du PIN, il y a un Programme Indicatif Régional (PIR) dont le Niger est un des bénéficiaires. On y retrouve, à l'échelle régionale, certaines des priorités du PIN (sécurité alimentaire, paix et sécurité) et des thématiques telles que la conservation et la gestion durable des ressources naturelles, le développement d'infrastructures et de l'énergie, ainsi que du secteur privé et de l'intégration commerciale.
A cela s'ajoute le fonds fiduciaire de stabilité pour la migration en Afrique qui a été lancé lors du Sommet Europe-Afrique sur la migration, tenu à La Valette, en novembre 2015 et qui prend une importance croissante pour s'attaquer aux différentes dimensions de la migration irrégulière.

Veuillez nous éclairer sur l'option de l'appui budgétaire que l'UE privilégie de plus en plus dans le soutien qu'il apporte à l'Etat du Niger. Pourquoi cette option et quel apport pour le Niger, notamment en 2016 ?
L'appui budgétaire est une modalité avancée d'octroi de l'aide au développement, mais il ne faut pas penser qu'il s'agit d'un chèque en blanc. L'appui budgétaire n'est pas non plus accordé à tous les pays. Il est soumis à une série de critères d'éligibilité qui doivent être remplis avant et durant la mise en œuvre du programme, et ses conditions doivent être satisfaites avant que les paiements ne soient effectués. L'appui budgétaire est fourni pour servir de ''vecteur de changement'' en vue de répondre aux défis posés par le développement ; c'est un moyen de fournir une aide de meilleure qualité et de parvenir aux résultats escomptés en matière de développement durable.
En fait, le transfert de fonds sur le compte du Trésor n'est qu'un des éléments des programmes d'appui budgétaire qui se focalisent aussi sur le dialogue, l'évaluation des performances et le renforcement des capacités, sur la base d'un partenariat et d'une redevabilité mutuelle.
Dans le cas du Niger, il a été considéré que l'appui budgétaire devait être l'instrument privilégié pour la mise en œuvre du 11ème FED. Une fois les conditions remplies et le décaissement effectué, l'utilisation des fonds de l'appui budgétaire se fait conformément aux systèmes de gestion des finances publics nationaux. La gestion des ressources provenant de ce transfert incombe à l'Etat nigérien. A notre avis, c'est la meilleure approche pour renforcer les capacités nationales, minimiser les coûts de transaction et optimiser la redevabilité, évitant la création des systèmes parallèles, souvent lourds et coûteux.
L'appui budgétaire est donc en totale harmonie avec les principes et les engagements pris dans le cadre de la Déclaration de Paris sur l'efficacité de l'aide (2005), du Programme d'Action d'Accra (2008) et du Partenariat de Busan pour une coopération efficace au service du développement (2011). Pour la mise en œuvre du 11ème FED au Niger, nous avons déjà identifié trois nouveaux programmes d'appui budgétaire pour un montant total de 362 millions d'euros, soit environ 237 milliards de FCFA, auxquels vient s'ajouter un programme financé par le Fonds Fiduciaire d'Urgence pour la migration d'un montant de 20 millions d'euros, soit environ 13 milliards de FCFA.
Parmi ces programmes, on trouve de l'appui budgétaire général et aussi sectoriel, centrés en particulier sur la sécurité alimentaire, la nutrition, l'éducation, la justice, la sécurité et la gouvernance.
A titre d'exemple, dans le domaine de la sécurité alimentaire, l'Union Européenne accompagnera l´Etat du Niger à travers la mise en œuvre d´un contrat de réforme sectoriel d´un montant de 203 millions d'euros, soit plus de 133 milliards de FCFA, couvrant la période de 2016 à 2020. Pour l'année 2016, les cinq programmes d'appui budgétaire en cours comportent 23 objectifs. Nous sommes en train d'analyser le degré d'atteinte de ceux-ci pour déterminer le montant à décaisser, qui pourrait avoisiner, au total, les 70 milliards de FCFA, soit 107 millions d'euros.

Le respect des Droits de l'Homme est une valeur fondamentale de l'UE qu'elle a toujours promue et défendue. Le 10 décembre est la journée internationale dédiée aux Droits de l'Homme. Quel est le message de l'UE à cette occasion, et quel est l'état des relations entre l'Union Européenne et le Niger sur ce volet ?
Nous célébrons effectivement ensemble la journée internationale des Droits de l'Homme, dont le slogan défini cette année par le Haut-Commissaire aux droits de l'Homme des Nations Unies rappelle que la défense de ces droits est une responsabilité individuelle; il appelle «chacun à défendre les droits de quelqu'un». Mais au-delà, il s'agit aussi d'un engagement collectif, dans lequel l'UE entend jouer un rôle de premier plan, dans le cadre de la nouvelle stratégie globale pour la politique étrangère et de sécurité de l'UE lancée en juin 2016. Je voudrai faire référence au rapport de la session de l'Examen Périodique Universel des droits de l'Homme qui, pour le Niger, s'est tenue en janvier de cette année.
Ce rapport souligne les progrès accomplis par le Niger depuis 2011 et constate la mise en œuvre de pratiquement toutes les recommandations faites lors de l'examen précédent. Nous en félicitons les autorités. Pour autant, l'Union Européenne reste très vigilante sur cette question, et déterminée à soutenir les institutions ainsi que les Organisations de la Société Civile (OSC) qui œuvrent pour compléter et poursuivre les efforts déjà fournis. Nous pensons en particulier à la gouvernance financière et aux droits de la femme et de l'enfant. Nous avons salué l'adoption de la nouvelle loi précisant les attributions et le fonctionnement de la Haute Autorité à la Lutte contre la Corruption et les Infractions Assimilées (HALCIA), et nous continuons de soutenir le Ministère de la Justice pour que le citoyen, y compris dans les zones reculées du pays, puisse avoir accès à la justice qu'il réclame. Enfin, concernant les Droits de la femme, ce point est pour nous très important, car il est interdépendant avec d'autres enjeux cruciaux, tels que l'éducation, la santé reproductive, l'application intégrale du droit et de la Constitution. Nous soutenons activement les engagements pris par le Président de la République dans son Programme Renaissance II, et apportons notre appui à tous les ministères engagés, y compris le Ministère de la Renaissance culturelle. Nous avons également décidé cette année de soutenir directement la Commission Nationale des Droits Humains (CNDH) à travers une convention signée à l'occasion de cette journée internationale, lui permettant ainsi de jouer pleinement son rôle.

Les infrastructures constituent un des secteurs essentiels dans lequel l'UE intervient au Niger. On vous a vu lancer des travaux d'infrastructures de santé et de transport, notamment les routes. Et tout récemment, l'UE s'est engagée dans une étude de faisabilité pour doter la ville d'Agadez d'une centrale électrique. Pourquoi cet intérêt pour les infrastructures ?
Effectivement, les infrastructures sont un des axes majeurs de la coopération avec le Niger. Et à ce niveau, l'appui de l'UE concerne les routes, les structures sanitaires et l'énergie.
S'agissant de l'infrastructure routière, il faut souligner que le Niger fait partie des rares pays à bénéficier encore, exceptionnellement, de l'appui de l'Union Européenne dans ce domaine qui est inscrit comme secteur de concentration dans le Programme Indicatif National (PIN) du 11ème FED, avec un montant de 90 millions d'euros, soit plus de 59 milliards FCFA, prévu à cet effet.
Il faut noter qu'il s'agit d'un enjeu économique majeur qui conditionne la circulation des personnes et des biens, mais aussi les échanges commerciaux, en particulier les produits de la terre, ressources essentielles du pays. Depuis ces 15 dernières années, l'UE a mobilisé plus de 180 milliards de FCFA pour ce secteur, avec comme résultat environ 1000 km de routes bitumées dont quelque 800 km sur la RN1 entre les régions de Tillabéry et de Zinder, et environ 300 km sur l'axe Trans-saharien, sans oublier les efforts pour désenclaver les zones rurales au Nord.
Toutefois, construire des axes de communication et des vecteurs d'échanges économiques est une chose, mais entretenir ces atouts majeurs pour le pays est tout aussi important. C'est la raison pour laquelle nous travaillons également avec les autorités pour que ces investissements perdurent, grâce à des réformes institutionnelles qui garantissent la soutenabilité de notre aide dans ce domaine. Nous militons en particulier pour la création d'une agence d'entretien routier, la création d'une cellule autonome d'audit régulier de l'entretien routier, et la réforme de la CAFER pour lui permettre de mobiliser les ressources liées à l'entretien routier.
Les infrastructures sanitaires constituent un autre pôle d'intérêt de l'Union Européenne dont l'appui sur ce chapitre s'élève à 4,3 milliards de FCFA (6,5 millions d'euros) et concerne la construction et/ou la réhabilitation et la mise à niveau de structures sanitaires dans les régions d'Agadez, Tahoua et Tillabéry. Il s'agit précisément de trois (3) hôpitaux de district (Bagaroua, Bankilaré et Bilma), de six (6) centres de santé intégrés, à raison de deux (2) par région (Iférouane, Ingall, Tassara, Loga, Bébatan et Abala) ; et enfin du Plateau technique et bloc administratif au Centre de la Mère et de l'Enfant d'Agadez.
Dans le domaine de l'énergie enfin, le Niger fait face actuellement à un contexte régional et international difficile, notamment avec un niveau d'accès à l'énergie moderne parmi les plus faibles au monde. Cette situation s'est aggravée, notamment à Agadez, par la surpopulation que génèrent les flux de migrants qui séjournent dans la région.
Afin d'apporter une amélioration substantielle à cette situation, les autorités nigériennes ont établi le projet de construire une centrale hybride (photovoltaïque-thermique) pour ajouter à la capacité existante fournie par la Société Nigérienne de production du Charbon (SONICHAR). C'est un projet intéressant qui nous projette résolument dans l'énergie solaire, une potentialité très prometteuse au Niger. Nous finançons une étude de faisabilité dont les travaux ont démarré le 21 novembre 2016 et prendront fin en mars 2017. Elle devrait servir de base pour le financement, conjointement par la Commission Européenne et l'Agence Française de Développement (AFD), de la construction de cette centrale.

Un des domaines dans lequel l'UE s'implique davantage au Niger et dans le Sahel, c'est la sécurité. Pouvez- vous nous faire le point sur les réalisations opérées dans ce secteur et, de façon plus spécifique, sur les actions de la mission EUCAP Sahel Niger ?
Vous avez raison de souligner cette implication croissante de l'UE dans le domaine de la sécurité. La raison essentielle qui explique cette orientation repose sur deux facteurs convergents.
En premier lieu, la prise de conscience aujourd'hui bien établie que sécurité et développement sont interdépendants, voire consubstantiels. Kofi Annan l'a dit il y a bien longtemps, mais cette prise de conscience conduit aujourd'hui l'UE à appréhender son action de façon plus globale dans le cadre de ce que nous appelons le nexus développement-sécurité. Cette approche consistant à faire de l'UE un acteur politique dans le cadre d'une approche globale est aussi un des nombreux effets de l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne en Europe.
En second lieu, et dans le cadre de cette approche globale, l'UE s'efforce de mettre en œuvre de façon cohérente, ''holistique'', non seulement ses instruments financiers, y compris des instruments innovants, mais également ses outils de prévention et de gestion des crises déployés à la demande des autorités d'un pays, et avec un mandat endossé à l'unanimité des 28 Etats-membres.
Comme vous l'avez dit, le Sahel a fait l'objet, en 2011, de l'adoption d'une stratégie européenne pour la sécurité et le développement au Sahel. La mission EUCAP Sahel Niger, déployée en 2012 à la demande des autorités nigériennes, est donc partie de la réponse européenne aux défis sécuritaires du Niger et plus généralement du Sahel. Cette mission vise à renforcer les capacités des Forces de Sécurité intérieure pour lutter contre le terrorisme, à apporter aux populations la sécurité que l'Etat doit leur garantir, et à combattre les différentes formes de criminalité.
Je ne veux pas décliner ici les actions menées par EUCAP. La chef de mission, Madame Kirsi Henriksson, avec laquelle je travaille tous les jours dans une collaboration très étroite et amicale, le fera certainement mieux que moi. Je veux juste souligner que cette mission fait aujourd'hui l'unanimité, tant auprès des différents partenaires bilatéraux avec qui elle interagit, qu'auprès des autorités nigériennes. Laissez-moi vous donner juste un exemple de réalisation : le dispositif de sécurité des festivités de Agadez SOKNI sera commandé et piloté depuis un PC (appelé PC Mixte), regroupant toutes les composantes engagées dans ce dispositif, et ressortissant de différents ministères. Ce PC a été créé, équipé, et entrainé en étroite collaboration avec EUCAP Sahel Niger.

Excellence, le Niger est l'un des partenaires privilégié de l'UE en matière de gestion des flux migratoires. Les récentes missions de Bruxelles et des Etats membres de l'UE au Niger, en témoignent. Concrètement, comment s'illustre ce partenariat ?
D'abord, il convient de souligner que la migration illégale est un fléau. Il suffit de regarder les chiffres des personnes qui se noient dans la Méditerranée, et d'écouter les témoignages des pauvres gens qui survivent à ce voyage. L'Europe fait face à un afflux de réfugiés et de migrants difficilement supportable pour ses opinions publiques. Elle a décidé de proposer aux pays africains concernés un cadre de partenariat visant d'une part à traiter de façon pérenne les causes de la migration, c'est-à-dire l'absence d'opportunité pour les jeunes, et d'autre part, à garantir des conditions de retour dignes et pérennes pour les migrants irréguliers. Dans ce cadre, le Niger s'est engagé dans une coopération étroite avec l'UE sur ces deux aspects. Le Président de la République a présenté un Plan d'Action lors du Sommet des Chefs d'Etat de La Valette sur la migration en novembre 2015. Nous travaillons avec tous les partenaires concernés à la mise en œuvre de ce Plan d'Action qui est en cours de mise à jour. Bien entendu, ce travail fait l'objet d'un dialogue politique au plus haut niveau, qui explique les visites que vous avez mentionnées, et que les médias ont rapportées. Un fonds fiduciaire a été créé par l'UE lors du Sommet de La Valette, et nous avons déjà engagé un montant de 105 millions d'euros (plus de 68 milliards de FCFA) sur des programmes que l'on peut décliner sur trois axes :
Le renforcement des capacités des Forces de Sécurité à assurer le contrôle de ses frontières et de son territoire, et à lutter contre les trafics illicites que la migration génère. Je veux, ici, insister sur le fait que nous partageons tous le constat que les migrants sont des victimes, et en aucun cas des coupables, et c'est sur la base de ce constat partagé que nous travaillons.
Les alternatives au profit des communautés qui vivent de ce que j'appellerai ''l'économie parallèle'' de la migration, ainsi qu'au profit des populations qui sont encore tentées de partir vivre dans des conditions dégradantes vers le Nord de l'Afrique.
L'aide au retour et à la réinsertion dans leurs pays d'origine des migrants qui, sur une base volontaire seulement, acceptent de renoncer à ce voyage. Il est important de souligner que ces programmes ne remettent pas en cause le principe établi de la libre circulation des ressortissants de la CEDEAO. Ces programmes visent en particulier la région d'Agadez, mais aussi celles de Tahoua et de Zinder.
Nous évaluerons régulièrement ces programmes, ainsi que les besoins additionnels au sein du cadre de concertation sur la migration qui a été créé par décret pour regrouper tous les acteurs de ce dossier sous la co-présidence des Ministres de l'Intérieur et de la Justice.

En termes de perspectives, quels sont les chantiers imminents ou à venir dans les interventions de l'Union Européenne au Niger ?
Des conventions de financement viennent d'être approuvées pour 470 millions d'euros, soit plus de 308 milliards de FCFA, sur un total de 596 millions d'euros, c'est-à-dire plus de 390,9 milliards de FCFA du 11ème FED (2014-2020). Celles-ci concernent les secteurs prioritaires prévus dans le programme de coopération décidé conjointement avec le Gouvernement, comme expliqué plus haut. Il s'agit notamment de poursuivre les importants efforts déjà consentis en matière de sécurité alimentaire et de résilience à travers une production alimentaire accrue et durable, une meilleure maîtrise de l'eau, le renforcement des capacités de prévention et de réponse face à l'insécurité alimentaire (203 millions d'euros, soit plus de 133 milliards de FCFA). Un autre important secteur d'intervention est le renforcement de la capacité de l'Etat de mettre en œuvre des politiques sociales. Dans ce cadre, un important programme de réforme du secteur de l'Education (77 millions d'euros soit plus de 50 milliards de FCFA) va être lancé. La maîtrise démographique, une priorité présidentielle, est également prise en compte. Le renforcement de la gestion des finances publiques va se poursuivre. Le troisième secteur dans lequel l'appui européen est reconduit touche aux questions de sécurité, bonne gouvernance et consolidation de la paix (82 millions d'euros soit plus de 53 milliards de FCFA). Cela se fait notamment à travers l'appui aux capacités des Forces de Sécurité Intérieure en matière de lutte contre la migration illégale et de contrôle aux frontières (en complémentarité avec les actions entreprises dans le cadre du fonds fiduciaire de stabilité pour la migration et de l'action de l'opération d'EUCAP Sahel Niger).
Un autre volet de cet appui bénéficie au secteur de la justice, notamment l'appui à l'Agence Nationale de Lutte contre la Traite des Personnes (ANLTP). Finalement, comme déjà mentionné dans une question précédente, le dernier important secteur de concentration qui continuera à bénéficier d'un appui dans le futur est celui du désenclavement des zones affectées par l'insécurité et le risque de conflits. Il s'agit d'abord d'un important programme de construction et de réhabilitation d'infrastructures routières (routes et pistes). C'est ainsi que le 11ème FED considère entre 2017 et 2020 la construction de 469 km de la route en terre en allant de la frontière Mali (Agendour) à Ingall (région d'Agadez) en passant par les départements de Tillia, Tchintabaraden et Tassara (région de Tahoua).
De même le tronçon de 48 km de Zinder à Bakin Birji et probablement le tronçon Bakin Birji - Tanout (95km) sont prévus. Leurs positions sur l'axe de la Transsaharienne, entre Zinder et Agadez, va avoir un important impact positif sur cette région.
En dehors de cette aide «programmée», il convient d'ajouter plusieurs autres contributions additionnelles importantes dont le Fonds Fiduciaire de Stabilité pour la Migration lancé lors du Sommet de La Valette de novembre 2015, mentionné plus haut et qui monte progressivement en puissance.

Onep
www.lesahel.org

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