Le Sahel

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Albadé Abouba, Ministre d'Etat, Ministre de l'Agriculture et de l'Elevage : «Le Niger a été distingué et hautement apprécié pour les efforts de développement qu'il ne cesse de déployer, en dépit de toutes les contraintes»



invitDu 17 au 20 juin dernier, le Président de la République, Chef de l'Etat, SE. Issoufou Mahamadou, a effectué une visite de travail et d'amitié en Italie. Dans la capitale italienne Rome, le Président Issoufou a été l'invité d'honneur de la session annuelle du Conseil d'administration du PAM, il a rencontré des responsables des agences onusiennes en charge du développement agricole (PAM, FAO, FIDA). Le Chef de l'Etat a également été reçu avec tous les honneurs au Palais Chigi par le Président du Conseil italien, M. Giuseppe Conte, avec qui ils ont échangé sur la coopération bilatérale. Dans cet entretien réalisé à Rome, le ministre d'Etat, ministre de l'Agriculture, M. Albadé Abouba, revient sur les principaux aspects de cette mission de travail du Chef de l'Etat.
Monsieur le ministre d'Etat, quels sont les principaux actes de la mission de travail et d'amitié du Chef de l'Etat en Italie ?
Il faut d'abord retenir que le Président de la République était l'invité d'honneur de la session annuelle du Conseil d'administration du Programme alimentaire mondial (PAM) en sa triple qualité de Chef de l'Etat du Niger pour les efforts qu'il déploie en matière de lutte contre l'insécurité alimentaire ; ensuite, en sa qualité du président en exercice du G5 Sahel pour les efforts dans la lutte contre l'insécurité et pour les questions de développement et enfin en qualité de président de la Commission climat de la zone Sahel qui regroupe 17 pays de la sous-région ouest africaine. C'est parce que toutes ses préoccupations sont liées les unes aux autres que le Président de la République a été l'invité d'honneur de cette prestigieuse organisation avec laquelle le Niger a une tradition de coopération depuis des décennies. A l'occasion, le Chef de l'Etat a fait une importante intervention qui a été vivement ovationnée par l'ensemble des participants à cette session.

Quels sont les aspects développés par le Chef de l'Etat qui ont suscité une telle appréciation de cette instance du PAM ?
En fait, le Président de la République a décliné toutes les préoccupations non seulement de son pays, mais aussi également de la zone du Sahel dont les problèmes ne peuvent être dissociés de ceux du Niger. Ces préoccupations se résument principalement pour le Niger au soutien à la scolarisation de la jeune fille parce que c'est un élément fondamental dans la recherche de solutions aux défis démographiques. En effet, comme l'a expliqué le Président de la République, on ne peut influer sur ce facteur qu'en assurant la scolarisation de la jeune fille au moins jusqu'à l'âge de 16 ans. Cela permettra de réduire les mariages précoces, les naissances précoces et rapprochées, en somme de réduire le taux de croissance démographique.
L'autre défi pour notre pays, ce sont les objectifs que l'Initiative 3N a déjà définis et qui sont considérés comme les priorités des priorités. En effet, pour résoudre définitivement le spectre de la famine et de l'insécurité alimentaire, il faut jouer pratiquement sur trois tableaux. Le 1er facteur est la maitrise de l'eau. Le président de la République l'a expliqué d'ailleurs : il pleut abondamment dans certaines zones de notre pays ; malheureusement, ces eaux de pluies sont perdues parce que non récupérées et non stockées. Or, si nous avons la possibilité de réaliser un certain nombre d'ouvrages de retenues, cela peut permettre à nos populations d'exploiter les terres sur toute la durée de l'année.
Un autre défi, c'est l'opérationnalisation de la Maison du paysan qui est une plateforme où les producteurs peuvent facilement accéder aux semences, aux intrants et matériels agricoles, à l'encadrement technique et même la communication. Et l'expérience dans certaines communes de convergences a montré que la disponibilité de ces Maisons de paysans a été un facteur déterminant dans l'amélioration de la production agricole dans les zones considérées.
Une autre priorité identifiée par le Chef de l'Etat, c'est la préservation du capital productif comme disent les spécialistes. Nous avons des terres qui se dégradent perpétuellement et nous perdons en moyenne 100.000 hectares chaque année. C'est pourquoi, pour inverser cette tendance, nous avons prévu de récupérer et de protéger chaque année le double de ce que nous perdons, soit 200.000 ha. C'est donc sur ces questions que le Chef de l'Etat a engagé l'ensemble des partenaires à œuvre ensemble avec le gouvernement du Niger pour trouver des solutions durables.
Qu'en est-il de l'autonomisation de la femme ?
C'est aussi une des problématiques qui tient à cœur au Président de la République. Il l'a développée aussi au cours de cette session. Beaucoup d'efforts ont été faits et d'autres sont en train d'être faits. Et les partenaires sont très sensibles à l'autonomisation des femmes. Le Président a insisté pour que cet aspect soit véritablement pris en charge par la FAO et le PAM.invit-2

Monsieur le ministre d'Etat, quelle a été la réaction des partenaires face à cette intervention et surtout face aux préoccupations évoquées par le Chef de l'Etat ?
Le Niger a été distingué et hautement apprécié pour les efforts de développement qu'il ne cesse de déployer en dépit de toutes les contraintes. Nous avons des contraintes sécuritaires, climatiques, économiques. Mais, malgré ces contraintes, le Niger est en train de faire des efforts extraordinaires au-delà même de ce qu'on pouvait espérer d'un pays dont l'économie est fragile, un pays situé géographiquement dans une zone d'instabilité avec tous les foyers d'insécurité et de tension qui nous entourent ; enfin, un pays où le climat n'est pas clément.
Toute l'assistance, et je vous fais grâce des interventions des participants, a exprimé tout l'intérêt et toute la haute et bonne appréciation qu'ils portent au Niger et à son Président, qui est considéré aujourd'hui comme l'un des champions de la lutte contre l'insécurité alimentaire et nutritionnelle, non seulement pour son pays, mais également pour la sous-région.
Il ne faut pas oublier que par rapport à toutes les préoccupations soulevées, nous avons un programme qu'on appelle Initiative 3N et qui est considéré aujourd'hui comme une référence non pas seulement pour le Niger, non pas seulement pour la sous région, non pas seulement pour le climat mais à l'échelle internationale. C'est pourquoi, nous devons être, nous Nigériens, heureux et fiers d'être porteurs d'une stratégie et d'une politique qui fait référence au plan international.

Le Chef de l'Etat a également eu des audiences avec le Directeur Exécutif du PAM, le Directeur général de la FAO et la Vice-présidente du FIDA. Que faut-il retenir de ces audiences?
Toutes ces structures font partie du Système des Nations Unies qui interviennent au Niger et particulièrement au niveau du ministère de l'Agriculture et de l'Elevage ; nous avons une coopération très soutenue. Ce qui est d'ailleurs réconfortant, c'est que le Directeur exécutif du PAM était en visite au Niger et il a eu l'honneur d'être reçu en audience par le Chef de l'Etat. Il a fait un très bon plaidoyer pour notre pays et ces trois responsables qui sont reçus en audience se sont engagés à effectuer une mission tripartite de haut niveau composée du PAM, de la FAO et du FIDA au Niger. Les premiers responsables de ses agences viendront au Niger en août prochain. Cela prouve tout l'intérêt que ces partenaires portent actuellement au Niger.
L'autre aspect de cette visite, monsieur le ministre d'Etat, c'est la rencontre du Chef de l'Etat avec le président du Conseil italien. Quels ont été les sujets abordés au cours de cet entretien ?
Il faut noter que le président du Conseil italien a été nommé très récemment (le 1er juin, je crois). Le président de la République est donc le premier Chef d'Etat africain à être reçu par le président du Conseil italien ; c'est déjà un honneur et un privilège pour non seulement le président de la République mais pour le Niger également. Cela, parce que la coopération entre le Niger et l'Italie est une vieille coopération. Nous avons un cadre de coopération signé depuis 1986. Il faut aussi rappeler toute la qualité des interventions de la coopération italienne avec les premières expériences de la lutte contre la désertification, l'insécurité alimentaire et la désertification à travers les réalisations du projet Keita qui constitue une référence universelle. La préoccupation actuelle de l'Italie et de beaucoup de pays européens est d'accompagner le Niger dans la lutte permanente contre le phénomène d'insécurité mais également de lutter contre l'immigration clandestine.

Au cours de ces échanges, le Chef de l'Etat l'a expliqué : on ne peut pas lutter efficacement contre l'immigration sans l'accompagner par des actions de développement susceptibles de retenir ceux qui sont tentés par cette aventure. Au Niger, nous avons une expérience qui a donné des résultats extraordinaires en dépit du non respect des engagements qui ont été pris par les pays qui sont directement concernés par le phénomène, à l'issue du sommet de La Valette. En effet, le Niger a pu réduire le flux de migrations de 150.000 personnes à 5.000 pour l'essentiel avec ses propres ressources. Le plan de La Valette aurait dû être financé par les pays qui sont directement concernés par le phénomène migratoire de l'ordre de 700 à 800 milliards de FCFA ; malheureusement, ce n'était pas le cas et c'est le Niger qui a fait le plus d'efforts sur ses propres moyens. Le Niger a pris des mesures sécuritaires dissuasives ou des mesures législatives ou réglementaires qui ont permis de freiner tous ces flux.
C'est pour ça que le problème a été reposé pour que les Européens concernés par ce problème d'immigration, mais également certains pays d'origine, puissent s'associer pour trouver des solutions véritablement structurelles. Ces solutions structurelles résident dans les investissements et les actions de développement. Pour dissuader quelqu'un de s'engager dans une aventure, il faut lui créer les conditions qui peuvent le retenir. Compte tenu des efforts qu'il a consentis, le Niger est aujourd'hui réputé comme l'un des pays qui a le plus fait en faveur de la lutte contre l'immigration irrégulière.
Il ya aussi une autre dimension de ce problème. C'est la question des passeurs qui perdent leurs activités et donc leurs sources de revenus. Et il n'y a pas qu'eux ; il y a toute une économie induite autour de ce phénomène d'immigration. Donc, il faut bien engager des mesures de reconversion de ceux qui perdent leurs activités pour leur permettre de s'engager dans d'autres activités plus licites et garantir leur survie. Le président de la République a été très clair. Autant le Niger, les pays du G5 Sahel et d'autres partenaires font des efforts, autant également au niveau des bailleurs de fonds, il faut qu'on fasse davantage d'efforts pour que ce phénomène soit véritablement contenu.

D'autres questions ont été abordées au cours de ces échanges. C'est en somme des rencontres très fructueuses pour notre pays, mais ce qu'il faut le plus retenir, c'est l'intention des trois agences du Système des Nations Unies, en l'occurrence le PAM, la FAO et le FIDA, de venir au Niger à un très haut niveau, c'est-à-dire les Directeurs généraux, pour discuter avec les autorités nigériennes et engager ensemble des programmes qui vont structurellement changer la substance de notre coopération actuelle.

Siradji Sanda(onep)

22/06/18

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