Le Sahel

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Interview d'une enseignante engagée pour les filles, Mme Omar Hajia Hassia SCOFI Tahoua: « Quand on est décidé et mobilisé, on obtient les meilleurs résultats »


d-3Mme, vous êtes agent de la Direction départementale des Enseignements Secondaires (DDES) Tahoua 1 et surtout point focal de la scolarisation des jeunes filles (SCOFI) Tahoua I. Quelle est la contribution de la SCOFI à la lutte contre le mariage des enfants ?
Dans la région de Tahoua, c'est presque ancré dans les us et coutumes. Les jeunes filles sont données en mariage très tôt. Généralement, vers l'âge de 10-12 ans, la fille est déjà réservée pour un prétendant. C'est le problème auquel nous sommes confrontés, nous, partenaires de l'école, et plus particulièrement nous qui luttons pour la scolarisation de la jeune fille et son maintien à l'école. Le problème est préoccupant en milieu rural comme en milieu urbain. Le cas le plus récent ici en ville est celui d'une fille qui était en classe de 5ème au CEG 4 de Tahoua. Ses parents l'avaient « réservée » depuis qu'elle était au CM1, alors qu'elle était âgée d'environ 11 ans, à un prétendant établi au Ghana. En décembre dernier, au retour des élèves du congé pour l'organisation du festival Tahoua-Sakola, nous avons constaté que la fille en question ne fréquentait plus les cours.
Nous avons mené des investigations à travers une des mères éducatrices, que nous avions formées à cet effet, pour contacter les parents de la fille et savoir ce qui se passait. Quelle fut notre surprise d'apprendre qu'elle avait étémariée et qu'elle se trouvait chez son mari au Ghana. C'était un coup monté, car pour couvrir cette entreprise, sa maman était venue au collège pour retirer un certificat de scolarité expliquant à l'administration qu'elle voulait un transfert scolaire pour sa fille. Nous, SCOFI, nous avons jugé cela intolérable et fortement préjudiciable à l'avenir de cette fille, qui avait de bons résultats au collège et qui était loin d'être consentante.
Nous avons entrepris toutes les négociations, avec sa famille au niveau de Tahoua et avec son mari dont nous nous sommes procuré le numéro, au Ghana. Très vite, nous avons compris que la mère n'y était pour rien et qu'elle avait même peur de la réaction de son mari qui menaçait de la répudier. Le compromis qu'on voulait trouver à l'amiable était de persuader le mari de laisser revenir la fille continuer sa scolarité jusqu'à la 3ème au moins. Il a rejeté cette offre et, plus grave, quand sa jeune femme lui a présenté un certificat de scolarité dans l'espoir qu'il l'inscrive dans une école au Ghana, il lui a dit qu' il ne l'a pas épousée pour qu'elle poursuive des études mais pour qu'elle s'occupe des enfants de sa première épouse qui, eux, sont scolarisés au Ghana et dont certains ont presque l'âge de leur jeune marâtre. Devant cette situation révoltante, j'ai menacé, au téléphone, de porter cette affaire devant la justice, en lui expliquant qu'au Ghana, le Niger a une représentation diplomatique capable de mobiliser la police pour le rechercher. Il a pris la menace au sérieux et a renvoyé sa jeune femme au pays. Elle a repris le chemin de l'école et la rentrée prochaine elle passe en 4ème.

On peut donc considérer que la situation est en train de changer à travers la mobilisation des partenaires et la gouvernance de l'école ?
Pendant longtemps, nous étions impuissants à empêcher des situations comme celle de retrait des jeunes filles de l'école pour les donner en mariage. Mais depuis le récent décret signé par le Président de la République qui protège la jeune fille en milieu scolaire, nous avons le meilleur argument juridique pour agir. Je salue également la mobilisation des structures partenaires telles que les Mères Educatrices, qui font un important travail de veille et d'alerte sur la scolarité des jeunes filles et leur présence assidue à l'école. Quand on est décidé et mobilisé, on obtient les meilleurs résultats.
Avez-vous un appel à lancer à l'endroit des parents des jeunes filles sur ce sujet ?
Je dis aux parents des élèves et surtout des jeunes filles scolarisées que le maintien de leurs enfants le plus longtemps à l'école est de leur intérêt. Nous nous ne sommes pas là contre tel ou tel mais pour l'avenir de leurs enfants et de ce pays. De toutes les façons, il y a un temps pour l'école et il y a un autre pour le mariage. Il y a un âge où on ne peut pas forcer une fille ou lui imposer un mari qu'elle n'a pas choisi. Notre souhait, à travers notre mobilisation en faveur de l'école, n'est pas de nous opposer aux parents des élèves mais de les convaincre qu'il n'y a pas meilleur destin pour leur progéniture que l'école, qui donne à chacun la meilleure chance pour la vie. Donc nous allons continuer le combat pour la sensibilisation des uns et des autres à la cause de l'école.
Propos recueillis par
Mahaman Bako

12/10/18

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