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M. Abdourhamane Moussa, secrétaire général du Gouvernorat d'Agadez : ''La confiance règne entre l'autorité et les partenaires au développement dans la région''

M. Abdourhamane Moussa M. Abdourhamane Moussa

En dehors des richesses minières et des potentialités agro-sylvo-pastorales non négligeables, la région d'Agadez abrite des partenaires au développement (Projet et ONG). Vous êtes le point focal de ces intervenants. Lors de votre rencontre avec les partenaires de la région, vous avez tenu un langage de vérité et de franchise pour qu'ils investissent dans la région afin de contribuer à atteindre les objectifs du millénaire en matière de développement. Comment se présente actuellement la situation avec le renouveau politique que nous vivons aujourd'hui ?
Comme vous l'avez souligné à travers votre question, effectivement en dehors des ressources minières, il y a des potentialités agro-sylvo -pastorales non négligeables dans la région d'Agadez. Et ces potentialités agro-sylvo-pastorales sont gérées par les services techniques de l'Etat: Agriculture, Elevage, Environnement, Génie rural, OPVN, et tout cela coordonné par les services du Développement communautaire de la région. La région d'Agadez a besoin des actions de développement et ces actions de développement, nous ne pouvons les avoir qu'à travers un système très bien synchronisé: l'Etat, les projets et ONG appuyés par les bailleurs de fonds. Nous avons inscrit la politique gouvernementale dans cette direction. Aujourd'hui, pour le renouveau politique que nous menons à travers les 3N, il faut des actions très dynamiques et concrètes où les populations sentiront la présence de l'Etat à travers les ONG et Projets.
Il est difficile de connaitre avec exactitude le nombre des Projets et ONG. On parle de plus de 160. Peut-on dire qu'il y a une évolution en ce qui concerne la maitrise des activités des partenaires au développement agissant dans la région, surtout dans le souci de savoir qui fait quoi, où, et comment? Quelle stratégie avez-vous adoptée pour mettre les partenaires au pas, surtout qu'il a été constaté que les ONG, jusqu'à une époque récente, font ce que bon leur semble : manque d'agréments, non respect des statuts etc.?
C'est vraiment une question très importante. Effectivement, nous avons cherché à comprendre très vite et à vérifier ce qu'il y a comme ONG, projets et associations au niveau régional. Parce qu'il y a une multitude d'actions éparses ; chacun fait ce que bon lui semble. Avec la Direction du Développement Communautaire, nous avons fait le point de toutes les associations, ONG et projets qui exercent dans la région. Il faut faire un tableau, connaitre exactement ce qu'ils sont en train de faire; connaitre exactement les ONG en exercice; connaitre les ONG fictives, parce qu'il y en a. C'est difficile, comme vous l'avez constaté, de savoir leur nombre. Mais nous avons enregistré 300 ONG à qui nous avons demandé de nous fournir leurs documents, leurs statuts, leurs règlements intérieurs. Et avant de commencer l'exécution de leurs actions, nous leur demandons leur autorisation d'exercer. S'il n'y en a pas, ils sont obligés de s'en procurer. En ce qui concerne les ONG extérieures, ce sont des ONG qui viennent de la France, d'autres pays européens et d'ailleurs. Là, nous leur demandons de se conformer aux textes et règlements en vigueur dans notre pays. Si vous avez une association française ou une ONG qui vient, il vous faut passer par les ministères en charge de la coopération et de l'Intérieur pour nous confirmer si tout est respecté et si votre ONG ou association est adaptée à la réalité nigérienne. Là, vous allez entrer en possession d'une autorisation d'exercer. Quand des ONG mènent des activités, nous leur demandons de nous présenter leur T.D.R afin que nous sachions ce qu'elles font, où elles vont, etc.
Les agents utilisés sur le terrain y veillent, parce que l'Etat a la lourde responsabilité de connaître exactement ce que ces ONG sont en train de faire sur le terrain. Donc, nous enregistrons leurs ordres de mission, nous leur joignons, des représentants de l'Etat, que ce soit au niveau communal ou au niveau des départements. Ces agents doivent avoir l'œil sur ce qu'elles font. Nous, en tant que point focal organisé autour des services techniques rattachés au Gouvernorat, nous menons des missions de vérification sur le terrain pour voir. Aujourd'hui, toutes ces ONG sont aux pas. Dans certaines zones, il faut de la prudence. Il faut que tout cela rentre dans l'ordre. Qu'est ce qu'elles font exactement ? Cela nous permet de constater de visu les actions menées sur le terrain. Aujourd'hui, tous ces partenaires sont aux pas. Parce que toute ONG, qui exerce sans notre avis, est automatiquement appelée à l'ordre et nous avons informé les préfets et les maires, pour qu'on sache exactement ce que font ces ONG, afin d'éviter des doublons dans les activités. Aujourd'hui, on sait qu'à Agadez par exemple, l'ONG Assad fait telle chose, dans telle ou telle zone ; on sait que Karkara fait autre chose, dans telle autre zone ; nous savons que l'ONG GAGE fait quelque chose etc.... Voilà, c'est très important. En outre, vous voyez, nous avons l'œil sur ces projets et les bailleurs de fonds qui les soutiennent. Il existe en tout 300 ONG et 15 projets. Concernant ces ONG à peine 20 mènent réellement des activités.
Est-ce la fin de ce qu'on appelle les ''grands bonds'', une pratique de certains projets qui débarquent dans la région, à l'insu des autorités et se mettent au travail sans que personne ne soit au courant de ce qu'ils sont en train de faire ?
Çà, il faut dire clairement que c'est terminé. Le désordre observé les années passées est fini. Nous y avons mis de l'ordre. Il n'est plus question de débarquer sans aviser l'autorité. C'est révolu. Les préfets, les services de l'Etat, ont été instruits dans ce sens. C'est pourquoi, dès au départ, je vous ai dit qu'il faut une présentation des activités à mener, dans quelle zone, quel type d'activités, avec qui ils travaillent. Çà c'est clair et net. Comme je le disais pour les associations ou ONG extérieures, il faut qu'ils nous présentent leurs règlements intérieurs adaptés à celui du Niger, en passant par le Ministère de la Coopération et le ministère de l'Intérieur. Sinon il n'est pas question de travailler.
Sous le fallacieux prétexte d'insécurité résiduelle, nous avons constaté une concentration des actions des Projets et ONG dans la périphérie, à telle enseigne que certaines régions sont lésées. A titre d'exemple, pour une raison inexplicable, personne ne veut intervenir à Bilma. Est-ce que la situation a évolué ?
C'est effectivement vrai. Il y a deux ans de cela, on peut dire que la quasi-totalité des activités sont concentrées autour de la commune d'Agadez, de tel sorte que les quelques projets, les quelques actions tournent toutes dans la commune. Aujourd'hui, je peux vous l'assurer, toutes ces actions de développement concernent toutes la région d'Agadez sans exception. Nous savons très bien que le CICR est à Bilma où il mène des activités; il y a l'OIM qui gère les refoulés de Libye ; nous savons que le PAC travaille à Bilma. Donc, c'est pour vous dire que cette période est révolue.


Il fut un temps, les projets et ONG avaient quitté la région. Qu'en est-il maintenant ?
Nous savons que ces tâtonnements étaient liés à l'insécurité. Aujourd'hui tout bailleur de fonds peut aller à Bilma parce que simplement, du point de vue sécurité, la région est rassurée avec le convoi hebdomadaire qui relie Bilma à Agadez. Ce qui veut dire qu'il n'y a pas de frein sur les actions de développements à Bilma. Au moment fort de l'insécurité, il n'y a pas que Bilma, même au niveau de la commune, les bailleurs de fonds étaient devenus hésitants. Aujourd'hui, tous les projets sont de retour grâce à la stabilité dans les zones de Timia, Dabaga, Iférouane.
Un problème se pose dans cette région: la plupart des projets et ONG ne déposent pas de bilan, sachant bien pourtant que l'Etat a un droit de regard sur les activités qu'ils mènent dans les entités administratives. Quelle est votre appréciation de la question ?
C'est exact. Mais aujourd'hu, nous avons obligé les intervenants, qu'ils soient ONG ou projets, à déposer le bilan au niveau du Gouvernorat là la fin de leurs activités. C'est clair et net, maintenant le bilan est nécessaire et toutes les ONG et projets le savent, car c'est à travers le bilan que l'on peut savoir si çà marche ou si çà ne marche pas. Ils doivent nous présenter leur TDR. Et à la fin, leur bilan: qu'est ce qu'ils ont exécuté ou n'ont pas exécuté ? Parce que le Gouvernement a fait de cela une de ses exigences. C'est pourquoi vous constatez que nous sommes régulièrement sur le terrain.
A travers les missions que vous avez effectuées dans la région, est-ce qu'on peu dire qu'un climat de confiance règne entre les autorités d'Agadez et les partenaires au développement ?
Le climat de confiance règne entre l'autorité et les partenaires dans la région. Nous le confirmons. Et d'ailleurs, cela a rassuré davantage les populations, les projets, les ONG et associations.
Parlons du Programme d'urgence; combien d'ONG ou Projets apportent leurs contributions dans la région ?
Ici, dans le cadre du Programme de Renaissance, beaucoup d'ONG participent au développement de la région ; mais je peux vous citer entre autres celles qui travaillent régulièrement: l'ONG Karkara par exemple, l'ONAT, GAGE, Assad, et bien d'autres qui sont en train de s'y mettre. Donc, dans la réussite, que nous avons constatée, il y a l'intervention de l'Etat à travers la Cellule Crise alimentaire (CCA) qui est en train de mettre beaucoup de moyens. La CCA intervient à travers des Cash Transfert, Food for Works, l'achat de céréales et la vente de céréales à prix modérés ; tout ceci entre dans le cadre de ce Programme. Pour preuve, aujourd'hui quand vous allez sur le terrain, que ce soit à Agadez commune, Dabaga, Tabelot, Iférouane, ou Timia, ce sont des réalités qui sont là. Le niveau de vie des populations s'est nettement amélioré et aujourd'hui les gens sont entrés dans un certain nombre de leurs droits parce que les produits maraîchers se vendent bien.
La vente de ''l'or violet'' est d'un apport économique appréciable pour la région. Quelles dispositions avez-vous prises pour amener les partenaires à contribuer à la réorganisation des coopérateurs et à la recherche des débouchés pour l'écoulement de leurs productions?
A certaines périodes de l'année, le sac d'oignon se vend à 30.000 FCFA. C'est dire que ce sont vraiment des revenus appréciables. C'est un satisfecit. Nous encourageons ces populations à persévérer. Aujourd'hui, l'oignon d'Agadez se trouve au Ghana, en Côte-d'Ivoire ; il a dépassé le cadre national, et cela parce que les producteurs ont pris conscience l'importance de leurs activités. Et aujourd'hui, ils sont en train de restructurer et de renforcer les capacités de leurs coopératives et des Unions de coopératives etc. L'Etat continuera à appuyer ces populations afin de leur permettre de trouver des débouchés pour leurs productions.
La CAIMA intervient à quel niveau en faveur des producteurs ?
S'il y a une chose qu'il faut vraiment encourager, ce sont les activités de la CAIMA. Au tout début, il n'y avait en tout que 6 centres de vente. Aujourd'hui, la CAIMA a eu à créer plus de 64 centres de vente, pour se rapprocher davantage des producteurs. Et ses intrants sont vendus au prix à la base. Les prix sont les mêmes dans toute la région afin de favoriser la volonté des populations de la région d'Agadez. Dans toutes les localités, vous trouverez les intrants de la CAIMA. Je crois que ce sont des efforts et c'est une institution qu'il faut encourager.
Quelles sont les perspectives pour la région?
Tout ce que nous voulons, il faut que ces ONG et projets se rassurent que la région d'Agadez, comme on le di,t est potentiellement économique dans le secteur agro-sylvo pastorale. Voyez, déjà nous avons un certains nombre de projets qui sont là. Le Projet Irhazer est à pied d'œuvre pour mettre en valeur plus de 1000 ha sur un financement d'AREVA.
Qu'en est-il de ce que l'on appelle la ''Route de l'oignon'' ?
L'intérêt économique avec la productivité, et l'engagement des populations de l'Aïr, qui se sont lancées dans la production, ont amené les plus hautes autorités de la République du Niger, avec la Turquie, à construire cette route de 450km qui va désenclaver les zones difficilement accessibles de Tabelot, Dabaga, Timia, Iférouane, et au-delà, les villages riverains Tin'touloust, Zomo, etc. Je crois que l'objectif est de faciliter la commercialisation et l'écoulement des productions.

Abdoulaye Harouna, ONEP/Agadez
www.lesahel.org

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