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M. Laurent Zang, Professeur à l'Institut des Relations Internationales du Cameroun (IRIC) : «La diplomatie africaine n'est pas une diplomatie de puissance mais de présence et de participation»


irctMonsieur le Pr. Laurent Zang, quel est l'objet de votre séjour au Niger ?
Je suis à Niamey à l'invitation du Doyen de la Faculté des Sciences juridiques et politiques pour donner un enseignement d'histoire des relations internationales dans le cadre d'un Master en sécurité internationale. Je saisis cette occasion pour remercier le Doyen, le vice-doyen et toute leur équipe pour l'accueil chaleureux et aimable qu'ils m'ont réservé, témoin à coup sûr de l'hospitalité du peuple nigérien.
Vous a-t-il fallu un visa pour entrer au Niger ? Ou plutôt, que pense le spécialiste de l'intégration africaine que vous êtes du rétablissement du visa d'entrée entre certains pays d'un même regroupement comme la CEDEAO ?

Oui, j'ai dû prendre un visa à mon arrivée à Niamey. En tant qu'originaire de la Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale, je n'étais pas surpris par cela, car il n'existe pas encore de libre circulation entre la CEDEAO et la CEEAC. Mais, s'agissant du rétablissement du visa entre certains pays de la CEDEAO, on ne peut que la regretter tout en comprenant les motivations. La CEDEAO a été louée pour l'établissement de la libre circulation des personnes et des biens, ce qui a été présenté comme un modèle en Afrique. Mais, la CEDEAO a été frappée sur son sol par le terrorisme, Boko Haram au Nigeria et au Niger, les djihadistes d'Ansar Dine et AQMI au Mali avec des incursions au Burkina Faso et en Côte d'Ivoire.
Pour des besoins de sécurité, certains Etats ont cru bon de rétablir les visas pour mieux contrôler les entrées dans leurs territoires. L'impératif de sécurité est un devoir majeur de tout Etat. On peut donc comprendre cette décision, car l'intégration serait illusoire dans le désordre et la peur que porte le terrorisme.

Ce recul n'augure-t-il pas de lendemains qui déchantent pour l'intégration africaine ?
Peut-être devrait-on considérer ce recul comme vous l'appelez de mouvement tactique : reculer pour mieux sauter. Voyez-vous, pour des raisons similaires, des mesures semblables sont envisagées dans l'espace Schengen en Europe. L'intégration africaine ne peut se réaliser que dans la sécurité et l'une des fonctions premières de tout Etat est d'assurer la sécurité à l'intérieur de ses frontières.

Que pense le professeur en relations internationales des conflits provoqués et/ou financés de l'extérieur comme celui impliquant Boko Haram, AQMI, les Shebab, les milices des Grands Lacs et autres nébuleuses qui empêchent la mise en valeur des richesses du sous-sol africain ?
Les conflits provoqués par les forces extérieures en Afrique sont un grand danger et une grave menace pour notre continent. Ils entrainent de nombreuses pertes en vies humaines et provoquent des déplacements de populations à l'intérieur des pays ; ils déversent dans les pays voisins des centaines de milliers de réfugiés. Ainsi, paradoxalement, le Cameroun est obligé d'accueillir des milliers de refugiés du Nigeria fuyant Boko Haram qui, non content de semer la terreur au Nigeria vient aussi s'attaquer au Cameroun. C'est un drame pour le continent qui a besoin de la paix pour desserrer l'étreinte de la pauvreté.

En trente ans de carrière, vous avez formé des centaines de diplomates africains dont beaucoup sont aux affaires : le fait pour ces diplomates de sortir du même moule devrait les amener à donner un coup d'accélérateur à l'intégration africaine : pourquoi n'en est-il rien ou presque?
Je me réjouis en effet d'avoir pu pendant ma carrière d'avoir contribué à la formation de diplomates africains, y compris du Niger. Le fait d'être passé par un même moule a facilité les contacts entre ces diplomates et a contribué à façonner des positions africaines communes. Pendant mes nombreux voyages dans le monde, j'ai toujours été honoré de rencontrer les anciens de l'Institut des Relations Internationales du Cameroun (IRIC) où j'officie. J'ai constaté leur solidarité et leur entente. Mais, je devrais vite ajouter que les diplomates sont formés pour servir les intérêts de leur pays. Ils n'agissent pas par eux-mêmes et pour eux-mêmes, mais pour le compte de leurs pays. L'intégration n'est donc pas la seule affaire des diplomates. C'est l'affaire des Etats africains dont certains restent encore très visiblement attachés à leur souveraineté nationale. Il est vrai que la théorie de l'intégration présente l'engagement des élites comme un ingrédient indispensable de celle-ci. Mais, les diplomates ne sont qu'une infime partie de ces élites nationales.
Dans un ouvrage sur « La diplomatie africaine au 21ème siècle » qui vous sera dédié en 2018, les auteurs se penchent sur les complications qu'apporte la « diplomatie parallèle » des religions, universités, entreprises, ONG et autres à la diplomatie africaine : si les Etats n'ont plus le monopole de la diplomatie, pourquoi donc s'échiner à en bâtir une pour l'Afrique ?
Il s'agit d'un ouvrage que préparent mes collègues pour me rendre hommage à la fin de ma carrière selon certains usages universitaires. Il ne pouvait éluder ce débat sur l'existence de diplomaties parallèles et/ou complémentaires à la diplomatie classique. Ceci rejoint l'autre débat sur la stabilité, la place de l'Etat dans les relations internationales aujourd'hui. Il est évident que l'Etat a perdu le monopole d'acteur des relations internationales. Plusieurs forces sociétales sont en œuvre pour exercer des fonctions diplomatiques, surtout en matière de négociations et de médiation.
Mais, comment agiraient des acteurs « hors souveraineté » si l'Etat n'était pas là pour assurer la régulation et la sécurité. Vous savez que le communisme a annoncé la mort de l'Etat. C'est lui, le communisme, qui n'en finit pas de mourir. D'autres ont dit que les firmes internationales allaient par leur puissance faire dépérir l'Etat. Il n'est rien arrivé de tout cela. L'Etat est une institution solide qui demeure le garant des relations internationales.
Au fait, de quelle action diplomatique parle-t-on lorsque même l'UA est financée en partie par des puissances étrangères qui, de surcroît, concurrencent l'Afrique et ses intérêts sur l'échiquier politique et économique mondial ?
L'action diplomatique africaine a du mal à s'affirmer ; elle n'en existe pas moins. La diplomatie africaine peut s'entendre de l'ensemble des actions que mènent les pays africains à travers l'Union africaine pour promouvoir les intérêts du continent en termes de suivi, de sécurité et de bien-être. La diplomatie africaine n'est pas une diplomatie de puissance mais de présence et de participation. Certes, le problème de financement représente un handicap mais la voix de l'Afrique se fait entendre par celle du président en exercice et du président de la Commission.
Cela nous amène à évoquer le poids de l'Afrique sur la scène internationale : peut-elle obtenir, comme elle le désire, un ou deux sièges permanents au Conseil de sécurité de l'ONU ? Et si oui, pourquoi en faire puisque les centres de décision et d'intérêt se sont déplacés depuis la chute du Mur de Berlin ?
L'Afrique milite depuis les années 1970 pour une démocratisation des relations internationales. Des projets de résolution ont été présentés pour une réforme du Conseil de Sécurité. L'Afrique revendique à juste titre deux sièges permanents ; elle se bat pour cela car, malgré le déplacement de certains centres de prise de décisions vers d'autres enceintes que l'ONU, ni le G7 ni le G8, ni le G20, ni les autres groupes qui sont l'expression de l'oligarchisation des relations internationales ne peuvent remplacer les Nations Unies et surtout le Conseil de Sécurité qui, au terme de l'article 24 de la Charte, exerce la responsabilité principale en matière de paix et de sécurité internationales.
Enfin, que pense le pédagogue que vous êtes de la baisse du niveau de l'enseignement et du dénuement des laboratoires universitaires de recherche dans un contexte où le savoir est la clé du progrès économique et social qu'appelle l'Afrique de ses vœux ?
En tant que professeur de Sciences politiques et de relations internationales en particulier, je ne saurais être péremptoire sur la baisse du niveau de l'enseignement. C'est une idée répandue mais qui demande à être prouvée empiriquement. Les types de connaissances qu'acquièrent les jeunes aujourd'hui ne sont pas forcément les mêmes qu'hier. A l'heure du numérique, les savoirs se transforment et cette mutation devrait être prise en compte au moment de l'évaluation du niveau de l'enseignement. L'économie des savoirs s'appuie davantage sur le numérique. Les bons laboratoires d'antan avec paillasses, éprouvettes, microscopes continueront à être utiles, mais les simulations par ordinateur remplacent nombre de ces manipulations expérimentales. Il faut donc moderniser nos laboratoires et les informatiser sinon le fossé numérique ne fera que s'aggraver. Or, l'Afrique a besoin de sortir de la «raque de l'Histoire» dont parlait Aimé Césaire.

Réalisée par Sani Soulé Manzo(onep)
30/06/17

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