Le Sahel

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Interview président du CSC : «Nos interlocuteurs ont dit qu'ils ont maintenant compris que le CSC est là pour les aider, pour les guider et même pour les protéger», se réjouit Dr Sani Kabir


Prsident-CSC-4Du 30 juillet au 7 août derniers, le président du Conseil supérieur de la Communication (CSC) Dr Sani Kabir a effectué des missions dans les régions de Dosso, de Maradi, de Zinder et de Tahoua. Dans les différents Chefs-lieux des régions, Dr Kabir s'est notamment entretenu avec des journalistes, des autorités administratives et coutumières, des responsables des Forces de défense et de sécurité, des hommes politiques et des membres de la société civile. Le président du CSC a, au cours de cette mission de vulgarisation des textes et du rôle du CSC, échangé au total avec près de 200 journalistes, 60 acteurs politiques et de la société civile, des FDS, en vue du renforcement de capacités en matière des textes juridiques sur la communication au Niger. Il nous livre, dans cet entretien, l'essentiel des différents échanges qu'il a eu avec ces différentes couches socio-professionnelles, à l'intérieur du pays.
Monsieur le président du CSC, du 30 juillet au 7 août derniers, vous avez effectué une mission qui vous a amené dans certaines régions de notre pays. Peut-on connaître les objectifs de cette 1ère mission que vous venez de faire ?
Je remercie l'ONEP pour cette occasion qu'il me donne pour faire, en quelque sorte, le bilan de cette première série de missions que, ma délégation et moi venons de mener à l'intérieur du pays. En effet, aux dates que vous venez d'évoquer nous avons visité quatre des huit Chefs-lieux de région que compte notre pays, à savoir Dosso, Maradi, Zinder et Tahoua. Ces visites rentrent dans le cadre de la vulgarisation des nouveaux textes du CSC, notamment la nouvelle ordonnance portant Organisation, Attributions et Fonctionnement du CSC, ainsi que la loi portant sur la publicité. Il est essentiel, pour nous, de porter à la connaissance du public ces nouveaux textes mais aussi, en tant que nouveaux membres de ladite institution, de rencontrer les acteurs des médias et nos relais régionaux. Nous les avons tous rencontrés, nous avons écouté leurs préoccupations, pour éventuellement y apporter les réponses appropriés, nous leurs avons aussi présenté le rôle et les objectifs du CSC. C'était donc des rencontres de contact et de vulgarisation que nous avons initiée dans ces régions.
Comment ont été organisées ces missions et quels en étaient les principaux sujets évoqués ?
Les missions se sont organisées en trois axes. Il y a eu un premier axe qui a concerné à Dosso, les journalistes des radios et télévisions privées et communautaires des régions de Tillabéry et Dosso. Le second axe a regroupé, à Maradi, ceux des radios et télévisions privées et communautaires de Maradi, Zinder et Diffa. Le troisième axe, a réunis à Tahoua les médias privés de Tahoua et Agadez. Les échanges ont été fructueux car ils nous ont permis de donner la vraie information car avec les réseaux sociaux n'importe quelle information est publiée, qu'elle soit vraie ou fausse. Ainsi, l'information est dénaturée, la fausse information prend la forme d'une vraie et vice-versa. Il fallait donc séparer la bonne graine de l'ivraie. Nous avons aussi beaucoup échangé sur les nouvelles réformes au niveau du CSC. Les échanges ont aussi porté sur la fameuse question du pouvoir conservatoire du président du CSC ou du bureau, la réforme du fonds d'aide à la presse, qui d'ailleurs ne sera plus direct mais indirect. A ce niveau nous avons rassuré les confrères que les Fonds d'aide à la presse 2016 et 2017, seront eux directs, selon la loi. Nous avons aussi évoqué la question de la qualité des membres qui doivent constituer le CSC. Ainsi, la loi précise que nul ne peut être membre de cette Institution s'il occupe une quelconque fonction politique locale, régionale ou nationale.
Et quelle perception, vos interlocuteurs avaient-ils de l'Institution que vous dirigez ?
Partout où nous sommes allés, nous avons donc fait le tour des différentes reformes intervenues au sein de notre Institution. Beaucoup des questions ont été posées par nos interlocuteurs. Ces échanges nous ont permis de comprendre, qu'en fait les gens méconnaissent le CSC et cela est plus surprenant quand c'est les journalistes même qui, en grande majorité, le méconnaissent. Nous avons fait ces missions avec des documents publiés pour la circonstance et qui ont été largement vulgarisés et distribués. Nous les avons mis à la disposition des hommes politiques, des journalistes, des FDS, de la société civile, bref de tous les acteurs intéressés par la communication et les médias. L'autre question qui intéresse surtout les médias c'est la réglementation de la publicité par voie de presse. En effet, c'est autour de cette question que les promoteurs des organes de presse ont fait un préalable pour l'adoption de la convention collective. Nous leur avons dit que les nouveaux fonds d'aide à la presse vont servir de fonds de formation des journalistes tout comme la publicité qui ne sera plus une affaire entre l'annonceur et le promoteur du média. Cette publicité constituera une cagnotte globale qui sera repartie selon une clé équitablement élaborée. Aussi, même la durée d'un spot publicitaire va être déterminée, car ce dernier, doit répondre à des critères standards comme la durée, le contenu et la rentabilité, qui va permettre d'engranger des fonds. Par exemple, un spot de 30 à 45 secondes est règlementaire. A contrario un spot qui dure 3 à 4 minutes fait perdre de temps et de l'argent au média, car engendrant un manque à gagner et une publication de 5 à 6 spots. A l'issue de tous ces échanges, beaucoup de nos interlocuteurs ont reconnus n'avoir pas bien compris les objectifs, le rôle ainsi que les réformes nouvellement faites au niveau du CSC et qu'avec ces explications et les documents mis à leur disposition, ils comprennent mieux que cette Institution n'est ni un organe politique encore moins oppresseur. Ils ont dit qu'ils ont maintenant compris que le CSC est là pour les aider, pour les guider et même pour les protéger. Donc, nous avons le certitude au CSC, que nous devons continuer ces actions de communication, de vulgarisation et de contacts avec les citoyens pour être mieux compris. C'est d'ailleurs pour cela que nous avons initié ces missions, que nous comptons poursuivre périodiquement.
Lors de ces visites à l'intérieur du pays, vous avez relevé des cas d'atteinte à l'éthique et à la déontologie, comme les fausses publicités, les pubs relatives aux produits de la pharmacopée traditionnelle, notamment. Comment comptez-vous y remédier ?
Cette question est intéressante car les gens pensent qu'étant loin de Niamey, nous n'avons pas de contrôle sur eux estimant qu'il est difficile voire impossible. Mais je leur rappelle qu'avec le monitoring et la plateforme distante, il est très facile de suivre et d'extraire les éléments litigieux. Il suffirait qu'il ait une saisine ou une auto-saisine pour que le CSC réagisse. Dans une ville du Niger, que je ne citerais pas ici, c'est même un maire qui a eu l'audace de donner des autorisations pour diffuser des publicités de pharmacopée traditionnelle. Nous nous demandons s'il a agi par ignorance ou par abus de pouvoir. Nous pensons qu'il est peut être de bonne foi et qu'il ignorait qu'il n'a pas ces prérogatives et que son mandat ne lui donnait pas ce privilège. Dans tous les cas, ce genre de publicité est interdit, par la loi, comme ce n'est pas aussi permis celles des pharmacies, des cliniques, des centres de santé ou autre produits pharmaceutiques. Les publicités parlent des médicaments contre le sida, le cancer, le diabète, l'hypertension, pour la fertilité, contre la ménopause, certains poussent le ridicule pour dire qu'ils ont des médicaments même pour obtenir le BAC, le BEPC, comme c'est le cas d'un charlatan incriminé récemment à Niamey. Ce dernier a trompé beaucoup de candidats qui ont lamentablement échoués après avoir achetés ses médicaments. Nous avons donc attiré l'attention des médias et des citoyens sur la dangerosité des publicités mensongères. Et nous leur avons signifié qu'ils peuvent saisir le CSC ou que l'Institution peut s'autosaisir et sévir en conséquence. Beaucoup ont reconnu leur tort et ont promis de mettre fin à ces pratiques. Dans tous les cas, nous avons instruit nos relais pour être plus attentifs et pour nous indiquer des cas de violations de la loi. Nous avons aussi demandé aux cadres de commandement de nous faire parvenir tout cas de publicité mensongère.
Le Niger connait une floraison des médias, on parle d'une quinzaine de télévisions, d'une cinquantaine de radios et de plus de 50 titres de journaux. Qu'est ce qui explique, selon vous, cette prolifération des médias ?
Je pense que cela est un très bon signe et montre la vivacité et le dynamisme de notre démocratie. S'il y a autant de médias, cela veut dire que la démocratie se porte bien, que le pluralisme d'opinions, d'idéologie est une réalité au Niger. Cela ne doit pas faire peur. Au contraire, nous devons plutôt encadré cela. Par exemple pour la presse écrite, nous sommes dans un régime déclaratif, qui permet sur la base de la loi et sous réserve de présenter au procureur de la République un exemplaire, de créer son propre journal. Les réformes engagées permettront aux médias, de tous genres, de tendre vers des vraies entreprises de presse. Car c'est ce qui nous fait défaut. Dans tous les cas les réformes engagées visent cela. C'est justement à cause de cet aspect que les médias ont des problèmes avec le redressement fiscal engagé par l'administration des impôts. Justement par rapport à cette question, comme vous le savez sans doute, des avis de paiement des impôts ont été envoyé aux médias, et je rappelle ici le communiqué diffusé par le CSC, qui indiquait que le CSC n'est pas habilité à intervenir dans la gestion administrative et comptable d'un organe de presse quel qui soit. Notre compétence se limite à la régulation donc au contenu, au respect de l'éthique et de la déontologie, à travers l'information et la publicité. Nous ne pouvons pas nous substituer à l'administration fiscale et vice-versa et il faut qu'on soit clair là-dessus et c'est aussi cela le sens de notre communiqué de la dernière fois.
La mission principale du CSC est la régulation des médias publics et privés. C0omment le CSC arrive-t-il à accomplir cette mission ?
Nous avons, depuis 2016, un des systèmes les plus performants de contrôle des médias audio-visuels de l'Afrique. Nous l'avons mis en place grâce à la coopération marocaine. Nous saisissons d'ailleurs cette occasion pour remercier le Royaume du Maroc pour cet appui. Je pense qu'il n'y a que le Niger, le Maroc et l'Afrique du sud qui possèdent un tel système performant de régulation. Nous avons aussi la plateforme distante, acquise grâce à la coopération française, que je remercie et félicite aussi au passage. Pour cette catégorie de médias nous n'avons donc pas de souci. Concernant maintenant la presse écrite, la Commission d'instruction Ethique et Déontologie, qui a remplacé le Conseil de presse, s'évertue à éplucher, chaque semaine, les contenus de tous les journaux. Ce qui nous permet de les contrôler et de déceler, éventuellement des cas de litiges, que nous traitons aussitôt. C'est ainsi que nous procédons pour étudier chaque cas, chaque plainte ou chaque saisine que nous traitons quels que soient le jour ou le moment. Et quel que soit le temps, dès que nous découvrons ce qui est contraire à la loi, sur un média, nous l'interpellons aussitôt en lui rappelant les dispositions de la loi.
Il y a quatre mois vous avez été élu, par vos collègues conseillers, président du CSC ; sous quel signe placez-vous votre mandat et que sera sa particularité par rapport à ceux de vos prédécesseurs ?
Nous pensons qu'il ne faut jamais se comparer aux autres. Nous pensons que nos prédécesseurs ont fait leur part de boulot. Ils ont fait un grand travail et nous nous plaçons dans une logique de consolidation des acquis. Nous allons préserver ces acquis. Beaucoup de choses ont certes été faites mais nous allons évoluer là où beaucoup d'autres choses restent à faire. Par exemple, récemment nous avons signé l'avant-projet de décret portant sur le règlement de l'audio-visuel, qu'on va remettre au Ministère de tutelle en partenariat avec celui chargé des Relations avec les Institutions. Il y a aussi l'avant-projet de loi sur les principes fondamentaux de la liberté de presse. Nous citons aussi, les textes connexes qui viennent compléter la loi sur la publicité. Car je vous rappelle que les promoteurs des médias privés ont fait de cette question un des préalables pour la signature de la convention collective, nous sommes donc en train de légiférer là-dessus. Ainsi, nous sommes en train de combler le vide juridique qui existe sur certaines questions pour une meilleure régulation de nos médias. C'est pour dire qu'en 4 mois d'exercice, nous ne pouvons prétendre tirer un quelconque bilan sur un mandat de 5 ans. Cependant, nous pouvons dire qu'en 4 mois d'exercice nous avons produit 2 projets de textes essentiels qu'on va soumettre au gouvernement pour adoption. La redevance audio-visuelle permettra à l'Etat nigérien de rentrer dans ses droits car depuis 1993 c'est une sorte de no man's land. Avec cette redevance, le monde de la presse au lieu qu'il soit budgétivore va mobiliser beaucoup d'argent pour le trésor national. Cette mobilisation permettra aussi d'améliorer et de renforcer, encore plus, le fonds d'aide à la presse. Nous envisageons aussi de proposer des textes sur l'amélioration de cette redevance audio-visuelle. Par rapport à la redevance ORTN, nous allons donc dialoguer avec le gouvernement pour trouver un terrain d'entente pour proposer une loi ou encore pour modifier l'ordonnance de 1988 qui porte sur la redevance ORTN, pour qu'elle soit une redevance audiovisuelle nationale dans un cadre légal, équitable et démocratique. Voilà quelques chantiers sur lesquels nous œuvrons et nous n'allons pas nous arrêter là. Nous ferons aussi d'autres propositions dans le sens d'atteindre les objectifs du CSC et pour une meilleure promotion de la démocratie ainsi que l'amélioration du monde médiatique nigérien.

Interview réalisée par Mahamadou Diallo

15/08/18

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