Le Sahel

pub_bann
A+ A A-

Interview du mathématicien et député français, Pr Cedric Villani : « Ce que peuvent apporter de fondamental des scientifiques comme moi ou d'autres, c'est de dire aux jeunes, vous aussi, vous pouvez être dans l'aventure intellectuelle », estime Pr Ce

 

 

 


entretienLe mathématicien français Cedric Villani était à Niamey à l'occasion de la célébration de la "Nuit des Idées", un événement proposé le 31 janvier partout à travers le monde par l'Institut Français de Paris et qui est destiné à développer le débat d'idées sur les cinq continents. A cette occasion Pr Cédric Villani a animé des conférences-débats au CCFN-Jean Rouch et à l'Université Abdou Moumouni de Niamey sur le thème « face au présent ». Né le 5 octobre 1973 à Brive-la-Gaillarde (Corrèze), Pr Cedric Villani est un scientifique de renommée internationale qui a reçu en 2010 la Médaille Fields, considéré comme l'équivalent du Prix Nobel pour les Mathématiques. De 2009 à 2017 il a été le Directeur de l'Institut Henri-Poincaré de l'université Pierre-et-Marie-Curie. En 2017 il a été élu député sous la bannière du mouvement « La République En Marche ». Pr Cedric Villani s'intéresse aux bouleversements environnementaux, sociétaux et technologiques qui affectent le monde. Dans cet entretien qui a eu lieu le 31 janvier dernier au CCFN Jean Rouch de Niamey, peu après la conférence débat qu'il a animée dans le cadre de la Nuit des Idées, Pr Cedric Villani répond à nos questions sur ses activités scientifiques et politiques ; les grands défis du 21ème siècle ; l'Afrique ; la hausse des frais d'inscription pour les étudiants extra-communautaire dans les universités publiques françaises, un sujet qui suscite des inquiétudes en Afrique.
Pr Cedric Villani, vous êtes surtout connu dans le domaine des mathématiques, et récemment vous avez été élu député. Arrivez-vous à concilier activité scientifique et politique ? Et qu'est que vous trouvez de positif dans l'activité politique ?
La réalité de la vie politique moderne ne laisse pas beaucoup de temps à d'autres activités, sérieusement. De sorte qu'aujourd'hui je ne fais plus de recherches mathématiques. Je ne donne plus des cours à l'Université. J'ai gardé le titre de Professeur, mais je ne reçois pas de salaire. En revanche, dans ma pratique politique, chaque jour, ma vie de scientifique aide, par les réseaux que je connais, à qui je peux demander des avis, par ma possibilité d'arbitrer des débats, faisant intervenir des sciences, par ma connaissance de certains dossiers. Et puis, il y a une certaine façon de regarder certains problèmes. Ça arrive de temps en temps que je propose qu'on aborde quelque chose comme ça et on me dit ce n'est pas la façon habituelle. Aujourd'hui, la politique, son exercice est plus compliqué que jamais. Ça fait intervenir toutes les compétences, et on a besoin que toutes les forces vives de la nation participent. Il y a de la défiance à l'égard du politique souvent, ce niveau de confiance dépend des pays, mais un peu partout il y a de la défiance. Et on a besoin aussi que des gens rentrent dans le jeu politique, qu'ils n'y étaient pas auparavant et qu'ils puissent témoigner, faire les passerelles.Il faut que ça respire. Nous avons connu une situation en France où on était beaucoup trop détaché de la vie politique, du reste. Et l'élection du président Macron, les élections législatives qui ont suivi ont été l'occasion de renverser tout ça. Je ne suis pas en train de dire que les choses sont forcément meilleures ; disons, je ne veux pas être partisan dans ce que je veux dire, mais tout le monde est d'accord pour dire qu'il y a le besoin de cette respiration et que de nouvelles personnes avec leurs spécialités viennent occuper des postes de responsabilités politiques.

Pr Villani, y a-t-il selon vous des raisons d'espérer en ce qui concerne les grands défis, politiques, démographiques, les bouleversements environnementaux, sociétaux et technologiques qui affectent le monde et que l'humanité doit affronter en ce 21ème siècle ?
Parmi les raisons d'espérer il y a le fait que le partage de l'information soit là, et impossible à arrêter. Evidemment il y a de la manipulation parfois, avec ce phénomène des fake news, de la haine sur les réseaux sociaux ; mais il y a aussi la partie positive qui permet aux uns et aux autres de traiter des problèmes. Il y a certaines prises de conscience mondiale sur la réalité de la crise environnementale, sur le besoin de redonner de la confiance aux politiques. Et même si les solutions sont lentes à émerger il y a quandmême ces prises de conscience qui arrivent. Depuis des années je suis engagé pour défendre les idées européennes, sur l'importance de mettre en place une grande organisation européenne avec plus de politiques que maintenant et même si le progrès est très lent en la matière, je vois qu'il arrive de temps en temps les projets qui sont au bon niveau d'ambition ; des intellectuels, des philosophes, des économistes qui disent il faut voir les choses en grand. En bref, même si nous n'arrivons encore à avoir les solutions il y a des visions, et on voit de plus en plus apparaitre des appels à la coordination, à la raison, au progrès.

Vous êtes présenté comme un homme qui s'intéresse à l'Afrique subsaharienne, avec la volonté d'aider les jeunes. En quoi consistent précisément vos actions à ce sujet ?
J'ai découvert l'Afrique subsaharienne en 2010, juste avant ma médaille Fields, grâce à un de mes collègues béninois, qui avait organisé un colloque au Bénin avec un grand panel de scientifiques. Nous sommes restés proches, et je suis retourné plusieurs fois au Bénin, j'ai fait de nombreux voyages au Sénégal, au Cameroun, puis épisodiquement au Rwanda, au Burkina Faso. Dans ces voyages j'ai donné des cours à beaucoup de jeunes, mais aussi j'ai organisé des débats. Parmi les choses les plus importantes qu'on peut donner aux jeunes, c'est du rêve, juste la volonté, qu'ils aient la conscience d'une grande carrière à faire, peut-être, des aventures, d'aller regarder au-delà. Et, aussi, apporter aux jeunes l'idée qu'il faut se dépasser, et qu'il ne faut pas non plus que tout le monde reste dans l'utilitaire ; bien sûr qu'on a besoin que plein de gens travaillent sur les choses qui sont directement utiles, mais on a besoin aussi que les gens cherchent à aller au-delà. Quand les américains sont allés sur la lune ce n'était pas pour de l'utilité, ça faisait aussi partie d'un grand combat de réussir tout, mais c'était un rêve à réaliser. C'est un exemple que j'utilise régulièrement ; un jour dans un débat, c'était au Cameroun dans une institution qui accueille des jeunes étudiants de beaucoup de pays, j'ai parlé des expériences des ondes gravitationnelles, et un jeune m'a dit : « je serai fier qu'on puisse faire des expériences comme ça dans mon pays, mon continent ». Ah oui ! Ce n'est pas que ça va nourrir la population, mais ça veut dire que le continent cherche à participer à l'aventure de la connaissance mondiale et de la recherche de haut niveau, réaliser quelque chose de grandiose. Et je pense ce que peuvent apporter de fondamental des scientifiques comme moi ou d'autres, c'est de dire aux jeunes : vous aussi vous pouvez être dans l'aventure intellectuelle, les projets à faire avec les autres. Evidemment, si on veut aller voir tout le monde, c'est un puits sans fond, mais si on sème quelques graines qui peuvent diffuser, on peut contribuer à propager ses idées. Il y a l'exemple d'un jeune que j'ai fait venir en France pour se former en intelligence artificielle et que je vais suivre après en tant que scientifique. J'espère qu'il y aura d'autres, et ainsi de suite.

Une question qui fait l'actualité est la mesure du gouvernement français concernant la forte hausse des frais d'études pour les étudiants qui sont hors de l'espace communautaire, les africains particulièrement. Quelle est votre appréciation concernant cette décision en tant qu'homme politique et scientifique ?
C'est une décision qui m'a surpris. Je ne l'attendais pas. Au départ ce n'est pas comme cela que je songeais prendre le problème. Mais, c'est une décision, si elle est bien prise pourrait s'avérer bénéfique. En premier il y a quelque chose dont je suis convaincu : c'est que nous avons besoin davantage d'accueillir d'étudiants africains en France. Et c'est quelque chose que je dis depuis des années. Il y a tellement de besoin de formation, qu'on est très en dessous. Le plan du gouvernement n'est pas si simple à comprendre que ça, parce que d'un côté, il hausse les frais d'inscription, mais de l'autre côté il augmente le nombre de bourses, et il donne aux universités le choix de mettre en place des exonérations. Autrement dit, une université qui accueille déjà des étudiants africains et souhaite de continuer à accueillir le même nombre pourra décider d'exonérer tous les étudiants qui viendront de l'université de Niamey, de l'université Cheik Anta Diop, etc. C'est autorisé par le gouvernement. Simplement il faut s'entendre sur la façon dont on calcule la dotation que l'Etat donne à ces universités et quel est le résultat final. L'idée c'est que les étudiants qui en ont les moyens payent, ceux qui n'ont pas les moyens sont exonérés et soient acceptés quand même. C'est une stratégie qui va être plus compliquée à mettre en œuvre, mais l'idée est qu'à la fin il y ait plus d'étudiants, et l'argent qui aura été obtenu grâce aux étudiants qui ont les moyens venant des pays dans lesquels le niveau économique est élevé soient utilisés pour faire venir les étudiants qui n'ont pas les moyens. C'est une stratégie qui va demander du doigté, du contrôle, et d'ailleurs le parlement que je représente dans un certain sens, vient de se saisir d'une mission d'évaluation, pour cette mesure du gouvernement. Avec la conviction du parlement que la stratégie prise comme un tout doit se traduire à la fin par une augmentation du nombre d'étudiants accueillis.

Réalisée par Souley Moutari(onep)
12/02/19

 

 

 

Société

Cérémonie d'accueil de la 21ème mission médicale chinoise et du départ de la 20ème à l'Hôpital Général de Référence (HGR…

Cérémonie d'accueil de la 21ème mission médicale chinoise et du départ de la 20ème à l'Hôpital Général de Référence (HGR) : Dr Oumara Mamane se rejouit de la coopération médicale sino-nigérienne

Les responsables de l'Hôpital Général de Référence (HGR) de Niamey ont organisé le 19 mars dernier dans l'enceinte dudit établissement une cérémonie d'accueil de la 21ème mission médicale chinoise et du départ de la 20ème. C'était pour leur témoigner toute la reconnaissance du corps médical et particulièrement des plus hautes autorités du Niger. La cérémonie s'est déroulée en présences des responsables du Ministère de la Santé Publique,...

Agence de Régulation des Marchés Publics (ARMP) : Formation des acteurs de la société civile et des médias sur le cadre …

Agence de Régulation des Marchés Publics (ARMP) : Formation des acteurs de la société civile et des médias sur le cadre réglementaire des marchés publics au Niger

L'Agence de Régulation des Marchés Publics (ARMP) a organisé le 19 mars dernier à Dosso, une session de formation des acteurs de la société civile et des médias sur la passation des marchés publics. Les participants ont échangé sur le cadre réglementaire des marchés publics en portant notamment une attention particulière sur le rôle de l'ARMP, les principes de la gestion des marchés publics, le rôle des différents acteurs, les sanctions...

Lancement officiel du processus de mise en place d'un fonds de vaccination du bétail : Près d'un milliard et demi de FCF…

Lancement officiel du processus de mise en place d'un fonds de vaccination du bétail : Près d'un milliard et demi de FCFA mobilisé

Le lancement officiel du processus de mise en place d'un fonds durable des campagnes de vaccination au Niger a eu lieu hier à Homeland Hôtel. La campagne est financée par le Millennium Challenge Account Niger à travers l'exécution du Project Régional d'Appui au Pastoralisme au Sahel. C'est le conseiller technique du ministre d'Etat, ministre de l'Agriculture et de l'Elevage, Dr Bangana Ibrahim qui a procédé au lancement du processus, en...

Agadez : Visite des membres du Conseil régional de Marrakech Safi du Maroc

Agadez : Visite des membres du Conseil régional de Marrakech Safi du Maroc

Une délégation marocaine conduite par le vice-président du Conseil Régional de Marrakech Safi, M. Mouhib Touahimi, est depuis le 18 mars dernier dans région d'Agadez pour une visite de travail. Le principal objectif de cette visite est le renforcement des capacités des élus et des cadres territoriaux et également le développement de la coopération décentralisée.Le déplacement de la délégation marocaine s'inscrit dans le cadre d'une conv...

Célébration du 49ème anniversaire de la Francophonie : Œuvrer ensemble pour le rayonnement d'un lien historique

Célébration du 49ème anniversaire de la Francophonie : Œuvrer ensemble pour le rayonnement d'un lien historique

Le Niger se joint à la Communauté Francophone pour commémorer aujourd'hui 20 mars le 49ème anniversaire de la Francophonie. A la veille de la Journée Internationale de la Francophonie (JIF 2019), le ministre des Affaires Etrangères, de la Coopération, de l'Intégration africaine et des Nigériens à l'extérieur, également Président de la Commission Nationale de la Francophonie, M. Kalla Ankouraou a livré un message dans lequel il a loué le...

Conférence de débat au CCFN Jean-Rouch à l'occasion de la Semaine de la Langue Française et de la Francophonie : Enjeux …

Conférence de débat au CCFN Jean-Rouch à l'occasion de la Semaine de la Langue Française et de la Francophonie : Enjeux et défis des médias francophones face à l'afflux de l'information digitale

A l'occasion de la Semaine de la Langue Française et de la Francophonie, le CCFN-Jean Rouch de Niamey a organisé, hier matin, une conférence-débat placée sous le thème, « les nouveaux médias francophones ». Elle a été animée par trois personnalités du monde des médias, à savoir M. Ziad Maalouf,s ancien journaliste de RFI et spécialiste des nouveaux médias, M. Assane Soumana, Directeur de Rédaction et Centre Régionaux de l'Office Nationa...

36ème Journée Internationale du Travail Social : Sous le thème «Travail social, genre et sexualité, vers plus d'inclusio…

36ème Journée Internationale du Travail Social : Sous le thème «Travail social, genre et sexualité, vers plus d'inclusion et d'égalité»

A l'instar de la Communauté Internationale, le Niger célèbre ce 20 mars, la Journée Internationale du Travail Social. A cette occasion, la ministre de la Population, Mme Amadou Aïssata Issa Maïga, a livré hier un message. Déclinant la signification du Travail Social, elle a indiqué que c'est une pratique professionnelle, une discipline qui promeut le changement, le développement social, la cohésion sociale, les capacités d'action et l'é...

Zinder : Rencontre entre les Responsables des Agences pour le pèlerinage et le Commissaire au Hadj et la Oumra

Zinder : Rencontre entre les Responsables des Agences pour le pèlerinage et le Commissaire au Hadj et la Oumra

Le Commissaire au Hadj et la Oumra, M. Djibrilla Boukari a eu le 15 mars dernier à Zinder une séance de travail avec les responsables des Agences de pèlerinage dans le cadre des préparatifs du Hadj 2019.Il s'est agi pour le Commissaire au Hadj et la Oumra d'entretenir les partenaires sur les nouvelles dispositions prises par les autorités Saoudiennes sur l'augmentation du quota attribué au Niger concernant les pèlerins dont l'effectif d...

Rencontre entre le comité d'organisation de "Tillabéry Tchandalo" et les opérateurs économiques de la région :…

Rencontre entre le comité d'organisation de "Tillabéry Tchandalo" et les opérateurs économiques de la région : Des échanges fructueux sur le processus de l'organisation de la fête du 18 décembre à Tillabéry

Le Président du comité d'organisation des festivités de la prochaine édition de la fête tournante du 18 décembre 2019, dénommée "Tillabéry Tchandalo", M. Hamadou Adamou Souley, a rencontré hier dans l'après-midi au siège dudit comité, les opérateurs économiques de la région de Tillabéry pour un échange d'information sur le processus de l'organisation de l'évènement. Cette rencontre, la première du genre a regroupé plusieurs opérateurs é...

Guinée Bissau : 63ème Réunion du Comité des Ministres des Transports de l'ASECNA : L'Aéroport de Zinder sur la liste des…

Guinée Bissau : 63ème Réunion du Comité des Ministres des Transports de l'ASECNA : L'Aéroport de Zinder sur la liste des Aéroports communautaires de l'ASECNA

Le Ministre des Transports, M. Mahamadou KARIDIO, a participé à la 63ème Réunion du Comité des Ministres des Transports de l'Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA) en Guinée Bissau, le 15 mars dernier. Cette réunion a consacré l'adoption d'une importante résolution pour notre pays qui inscrit l'Aéroport international de Zinder sur la liste des aéroports gérés par l'ASECNA (activités communa...

AG/ONU

Editorial

EDITORIAL : Salut, le bâtisseur !

lundi 17 décembre 2018

EDITORIAL : Salut, le bâtisseur !

L'invité de Sahel dimanche

Audiences

Dossier

Education : Rencontre de validation des curricula …

Education : Rencontre de validation des curricula des écoles de formation artistique et culturelle

Les cadres du ministère de la renaissance culturelle, des arts et de la modernisation soci...

mardi 19 mars 2019

Rencontre cinématographique : Au cœur du cinquante…

Rencontre cinématographique : Au cœur du cinquantenaire du FESPACO

Le Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (FESPACO) est sans do...

jeudi 14 mars 2019

52ème Session de Formation des Jeunes Journalistes…

52ème Session de Formation des Jeunes Journalistes au Caire : L'Egypte entre tradition et modernité

Du 9 au 30 novembre dernier, l'Union des Journalistes Africains (UJA), en partenariat avec...

jeudi 7 mars 2019

L'air du temps

Quand la racaille excelle dans le vol à l'arraché

Quand la racaille excelle dans le vol à l'arraché

Mais enfin, quelle mouche a pu piquer tous ces jeunes gens qui écument les rues de notre c...

jeudi 14 mars 2019

Newsletter

© Le portail dynamique de l'information au Niger | conception jourdain-informatique.