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INTERVIEW DE SEM. ISSOUFOU MAHAMADOU, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, CHEF DE L’ETAT

itv prnExcellence Monsieur le Président, le 07 avril prochain, notre pays s'apprête à marquer d'une pierre blanche, le premier anniversaire de votre investiture aux hautes fonctions de Président de la République du Niger. Quels sont les plus grands dossiers qui ont été placés au centre de vos priorités durant cette première année d'exercice du pouvoir?

Au cours de cette première année, l'action du gouvernement a porté essentiellement sur un objectif que je peux résumer en quelques mots. Comme je l'avais annoncé dans mon discours d'investiture, mon ambition, à la tête du Niger, c'est de réaliser l'alliance de la liberté et du pain. Toute l'action gouvernementale est focalisée dans la réalisation de cet objectif. Vous vous rappelez certainement que le Programme de la renaissance était bâti autour de huit (8) grandes priorités. La première priorité, c'est la stabilisation des institutions démocratiques et républicaines; la seconde priorité, c'est la sécurité ; la troisième priorité, c'est l'Initiative 3 N, ''Les Nigériens nourrissent les Nigériens'', la quatrième consiste en la réalisation des infrastructures énergétiques ; la cinquième priorité, c'est l'éducation ; la santé constitue la sixième priorité ; l'accès à l'eau est la septième ; et enfin, la huitième, c'est la création d'emplois.

Je pense que des réalisations importantes ont été faites par rapport à l'ensemble de ces priorités pendant cette première année, et que les résultats sont très bons. Vous l'avez dit, le pays a eu malheureusement une très mauvaise campagne agricole suite à l'insuffisance et à une mauvaise répartition des pluies. Très tôt, le gouvernement a senti la menace et c'est ainsi que, dès le 24 août 2011, le gouvernement a conçu, adopté et commencé à mettre en œuvre un programme d'urgence à plusieurs volets, à savoir le volet programme d'irrigation d'urgence, le volet pastoral d'urgence, le volet environnemental d'urgence. S'ajoute également le volet relatif à la reconstitution des stocks nationaux de sécurité.

D'après le premier bilan qui a été établi, je pense que les objectifs fixés dans le cadre de ce programme d'urgence ont été atteints. A titre illustratif, nous avions prévu, au titre du volet irrigation, de mettre en valeur 85000 ha ; déjà 95 000 ha ont été mis en valeur. Et on a produit un équivalent céréalier d'environ 325 000 tonnes.

En ce qui concerne le volet environnemental, nous avons initié des activités génératrices de revenus qui ont permis de fixer les populations dans les villages. Pour le programme pastoral d'urgence, des quantités importantes d'aliments pour bétail ont été mises à la disposition des éleveurs, en plus la santé du bétail a été renforcée par les différentes campagnes de vaccination qui ont été menées. Enfin, concernant la reconstitution des stocks, nous avons pu mettre un stock suffisant partout dans les magasins de l'OPVN. On a aussi débuté les opérations de vente à prix modéré pour soulager les populations, et cela depuis le mois février. Et cette opération va se poursuivre jusqu'au mois de septembre. L'ensemble du programme, en ce qui concerne cette opération, va porter sur une quantité de céréales d'environ 172 500 tonnes. Déjà, en février, on a mis 12.500 tonnes sur le marché et on a prévu de relever cette quantité à 20 000 tonnes en mars, 20 000 tonnes en avril, 20 000 tonnes en mai. Et à partir de juin, le niveau d'intervention sera de 25 000 tonnes par mois jusqu'au mois de septembre. Au regard de tout ces résultats, nous pouvons dire que, globalement, le programme d'urgence, qui peut être considéré comme un exercice de répétition en vue de la mise en œuvre l'Initiative ''3N '', est une grande réussite. En tout cas, il nous a permis de prouver que la sécheresse n'est pas synonyme de famine.

Excellence Monsieur le Président de la République, dans le cadre de ce combat inlassable contre l'insécurité alimentaire, vous avez effectué, ces derniers jours, une série de visites dans différentes localités du Niger profond. Quel est le sentiment qui vous anime aujourd'hui à la lumière des constats que vous avez eu à faire à l'occasion de vos visites sur le terrain, mais aussi des échanges directs que vous avez eus avec les populations ?

Ce que j'ai retenu de mes déplacements à l'intérieur du pays, c'est que les populations sont satisfaites des mesures conçues et exécutées par le gouvernement. Elles ont apprécié la rapidité avec laquelle le gouvernement a réagi par rapport à l'insuffisance de la production agricole de la campagne de cette année. J'ai pu voir sur le terrain comment le Programme d'urgence est mis en œuvre. Cela m'a permis d'arriver aux conclusions que j'ai évoquées tout à l'heure. Que ce soit dans le domaine de l'irrigation, celui des AGR, de l'élevage ou de la reconstitution des stocks, des résultats satisfaisants ont été obtenus.

Et les populations le reconnaissent. Quand j'ai été dans la région de Tillabéry, sur un chantier d'activités génératrices de revenus, j'ai vu une femme sourire. Et je lui ai demandé pourquoi elle sourit, alors qu'elle est en proie à d'énormes difficultés qui l'assaillent. Alors, la femme m'a répondu :''Je souris, Monsieur le Président, parce que j'étais à genou, mais grâce à vous, me voilà remise debout''. Cette anecdote, à elle seule, résume l'appréciation que les populations ont par rapport aux mesures prises par le gouvernement pour contrecarrer les effets de cette mauvaise campagne agricole.

Sur ce même volet relatif à la sécurité alimentaire, à travers l'Initiative 3N ''les Nigériens Nourrissent les Nigériens'', vous avez une vision plus large et plus durable de la réponse à apporter au problème récurent des déficits alimentaires chroniques dans notre pays. Quels sont actuellement vos espoirs quant à l'opérationnalisation de ce projet novateur, ainsi qu'à l'atteinte des objectifs poursuivis ?

Comme vous le dites, le programme d'urgence est une sorte de projet pilote, et c'est ce que j'ai appelé la ''répétition'' ou un essai en laboratoire. Mais plus qu'un essai, c'est vraiment la phase pilote. Et ça permet de dire que l'Initiative ''3N'' n'est pas une chimère, c'est un projet réalisable. Nous avons, tout au long de l'année, réfléchi sur les différentes stratégies à mettre en œuvre pour la réalisation de cette initiative à travers plusieurs axes. A présent, la réflexion est terminée, et très prochainement, nous allons mettre à la disposition du gouvernement le document, relatif à l'Initiative ''3N'', qui a été élaboré par le Haut Commissariat à l'Initiative ''3 N''.

Le gouvernement va l'adopter, et dans le courant de ce mois d'avril, nous allons pouvoir lancer cette initiative qui, je le rappelle, a pour objectif d'accroître, entre autres, les rendements des céréales de base en ce qui concerne les cultures pluviales. Les céréales de base, c'est notamment le mil, le sorgho, le maïs, le riz et le blé. L'Initiative permettra aussi de promouvoir les productions alimentaires de substitution comme les tubercules et le niébé. Et nous avons pu vérifier, à l'occasion de la mise en œuvre des programmes d'urgence, que cela présente un aspect très important qui a permis d'avoir des productions alimentaires de substitution assez conséquentes pour les populations. Cette initiative a aussi un volet modernisation de l'élevage, un volet protection de l'environnement. C'est dire que l'Initiative ''3N'' couvre toutes les dimensions de la sécurité alimentaire, sur lesquelles des réflexions approfondies ont été menées. Ces réflexions vont être avalisées par le gouvernement et nous allons pouvoir procéder au lancement effectif de la mise en œuvre, au cours de ce mois d'avril.

On peut se réjouir du fait que les producteurs se soient approprié du programme d'urgence en se mobilisant sur les périmètres irrigués, allant jusqu'à réaliser une surproduction de produits maraîchers. Malheureusement, il se pose le problème de débouchés qui constitue un véritable handicap réel. Est-il prévu, Excellence, l'organisation de la filière de commercialisation en vue de permettre aux producteurs ruraux à tirer le meilleur profit de leur labeur ?

Absolument ! C'est un des axes de l'Initiative ''3N''. Après la production, il faut justement penser à la valorisation des produits agricoles. C'est pourquoi on va réfléchir pour organiser la commercialisation, on va réfléchir sur les débouchés. Et vous verrez, lors du lancement de l'Initiative ''3N'', qui comporte quatre (4) axes, qu'il y a un volet relatif à la valorisation et à la commercialisation de la production.

Sur le plan social, des actions décisives ont été entreprises dans les secteurs clés de la santé et de l'éducation. Pouvez-vous nous donner un aperçu sur ces actions et la philosophie qui les sous-tend ?

L'éducation et la santé font partie des priorités du programme de la renaissance. Par exemple pour l'éducation, il s'agit de construire des infrastructures, notamment des classes, des laboratoires ; de recruter des enseignants et des formateurs, et de mettre à leur disposition les fournitures nécessaires. Et par rapport à tous ces différents aspects, nous nous sommes fixés des objectifs précis. En ce qui concerne les infrastructures, nous avons prévu de construire 2.500 classes par an. Pour cette première année, nous en avons construit 2.800. Il faut comparer cela à ce qui a été réalisé pendant la décennie 2000-2010 où il n'a été construit en moyenne que 327 classes par an. Donc, vous voyez bien que ce que nous avons, pour cette seule année, représente déjà huit fois la moyenne annuelle de la décennie 2000-2010. C'est dire que les promesses ont été tenues dans ce domaine.

(La croissance économique que nous voulons pour le pays doit être une croissance partagée)

Nous avons également recruté des enseignants au niveau de la Fonction Publique. Nous avons recruté des contractuels et nous les avons formés. Tous les chiffres sont contenus dans le bilan fait par le gouvernement par rapport à cette première année d'exercice du pouvoir. Au-delà de l'enseignement primaire, des efforts importants ont également été déployés au niveau du cycle secondaire, et aussi au niveau des universités. A cela, il faut ajouter les réalisations dans le secteur de la formation professionnelle et technique. Globalement, au niveau du secteur de l'éducation, et à tous les cycles, je peux considérer que les objectifs fixés ont été largement atteints.

En ce qui concerne la santé, il y a un indicateur très fort qu'il faut retenir. C'est le recrutement des médecins. Nous avons recruté 536 médecins, alors que depuis l'indépendance, le pays n'a disposé que de 350 médecins seulement. Il s'agit là d'un effort extrêmement important qui a permis de ramener le ratio médecin/population de 1 pour 46 000 habitants, à 1 pour 18.000 habitants. C'est la même chose en ce qui concerne les infirmiers, les sages-femmes. Là également, cela montre l'effort que le gouvernement a eu à faire dans ce secteur de la santé. Cet effort concerne également les infrastructures, c'est-à-dire la création des centres de santé intégré (CSI). Donc dans ces deux (2) domaines sociaux qui constituent la base sociale du développement, je peux considérer que le gouvernement a honoré également ses promesses.

Vous accordez également une attention particulière à l'amélioration des conditions de vie des couches les plus vulnérables, en l'occurrence les femmes et les jeunes. Comment mesurez-vous les progrès réalisés dans ce domaine ?

Là, je dois dire que l'un de nos objectifs, c'est de relever les revenus des couches sociales les plus défavorisées. Cela est important pour nous parce que la croissance économique que nous voulons pour le pays doit être une croissance partagée. Notre objectif est de réduire les inégalités, parce qu'elles sont défavorables à une bonne croissance économique. C'est pourquoi, vous avez vu, dans ce domaine, nous avons relevé les revenus salariaux des fonctionnaires. Cela est important à noter. La deuxième action importante, c'est la création des emplois. J'avais promis la création des 50 000 emplois, en particulier pour les jeunes. Nous avons créé près de 65 000 emplois temporaires et définitifs. Il faut retenir que par rapport aux emplois permanents, nous en avons 25 000 sur les 65 000 emplois créés. Là aussi, je peux considérer que l'objectif est atteint, parce que les 50 000 emplois qu'on a prévus, constituent une moyenne annuelle sur 5 ans. Si déjà, la première année, nous en sommes à 25 000 emplois permanents et à plus de 40 000 emplois temporaires, je pense que les quatre (04) prochaines années qui restent nous permettront d'être dans la moyenne de 50 000 emplois permanents, auxquels, il faut ajouter les emplois temporaires. Donc là également, je pense que le gouvernement a honoré ses promesses.

Comme vous venez de le dire, les revenus salariaux des fonctionnaires ont été relevés, et cela suite à un protocole d'accord signé, en février dernier, entre le gouvernement et l'Intersyndicale des travailleurs du Niger (ITN). S'il est vrai que ce geste a été unanimement salué dans le monde du travail, il n'en demeure pas moins que quelques voix s'élèvent pour dénoncer une certaine discrimination entre les agents de la Fonction publique, du fait de l'adoption des statuts autonomes dans certains secteurs. Quelle est votre réaction par rapport à cette question ?

Oui, nous avons entendu ces voix qui se sont élevées. Nous sommes engagés dans une réflexion pour harmoniser tout cela. Une commission a été mise en place pour ce faire, en plus des efforts que nous avons faits pour augmenter les revenus des agents de l'Etat. Dans ce même souci de réduire les souffrances des couches sociales les plus défavorisées, nous avons également pris des décisions pour réduire le coût de l'énergie et celui de l'eau.

Excellence, vous faites de l'instauration de la bonne gouvernance et de l'assainissement des finances publiques votre principal cheval de bataille. Comment appréciez-vous, à l'état actuel des choses, le déroulement des actions entreprises dans ce domaine ?

Effectivement, la bonne gouvernance fait partie des engagements que j'ai pris auprès du peuple nigérien. Elle est, une des solutions pour stabiliser les institutions démocratiques et républicaines. Cette bonne gouvernance passe par un exercice démocratique du pouvoir. Je crois que, dans ce domaine, pendant cette première année, chaque institution a eu à jouer clairement son rôle. Que ce soit l'Assemblée nationale, que ce soit la Justice qui est réellement indépendante dans le pays, ou que ce soit l'Exécutif. La bonne gouvernance suppose un statut pour l'opposition. L'opposition a aujourd'hui un statut, une loi a été votée à l'Assemblée nationale. Nous avons prévu de faire en sorte que les partis politiques jouent un rôle de contre-pouvoir, parce que cela fait partie de la bonne gouvernance. Nous avons prévu que la presse soit très active; cela fait partie aussi de la bonne gouvernance. Rappelez-vous que le Niger, qui était classé 104ème du point de vue de la liberté de la presse, est fort heureusement aujourd'hui le 29ème pays au plan mondial, et le 4ème pays africain où la liberté de presse est respectée. C'est également là un indicateur de bonne gouvernance. Nous avons aussi mis un point d'honneur à réaliser les promesses de notre Constitution. Je viens de donner l'exemple de la liberté d'expression, de la liberté de la presse, j'aurais pu donner aussi celui du droit à l'égalité. Des efforts importants ont été faits dans tous ces domaines. Il faut également ajouter le droit à la Justice.

La bonne gouvernance, c'est aussi la lutte contre les détournements des deniers publics, c'est la lutte contre la corruption. Dans ce domaine, nous avons mis en place un certain nombre d'outils, principalement la Haute Autorité de Lutte Contre la Corruption et les Infractions Assimilées. Nous avons redynamisé les différentes inspections, à savoir l'Inspection d'Etat et l'Inspection des Finances. Nous avons mis en place un Bureau d'informations, de réclamations et de lutte contre la corruption, doté d'une ligne verte qui marche très bien. Tous ces outils sont entrain de réaliser un travail important d'assainissement, au regard de tous les dossiers qui sont entrain de tomber sur les bureaux des juges. Cette première année est une amorce, et cet effort va se poursuivre les années suivantes. Dans ce domaine également, le gouvernement est entrain d'honorer ses promesses.

Il n'empêche, Excellence, que relativement aux actions entreprises dans le cadre de la lutte contre l'impunité, une certaine opinion pense que le processus est lent, sinon sélectif. Quelle assurance pouvez-vous donner à ce propos ?

Je peux vous assurer que le processus n'est pas sélectif. Si vous faites allusion à ceux qui le disent, c'est-à-dire nos partenaires de l'opposition, j'estime qu'ils sont dans leur rôle. Et d'ailleurs, pour nous, c'est une très bonne chose qu'on ait une opposition qui critique, une opposition qui dénonce. Cela nous évitera de nous assoupir. Je salue ce travail important de veille et de critique qui est fait. Mais je persiste à dire qu'il n'y a pas de discrimination. Personne n'est au-dessus de la loi, je peux vous le garantir. Regardez tout ce qui a été fait, vous verrez que tous ceux qui sont impliqués dans les affaires, qu'ils soient de l'opposition ou de la majorité, sont frappés du même bâton. J'estime qu'un signal fort a été déjà donné dans ce sens.

Excellence Monsieur le Président, notre sous-région est sous la menace des problèmes d'insécurité et d'instabilité liés notamment à la rébellion au Mali, aux activités de l'AQMI dans le Sahel et de Boko Haram au Nigéria. Quels sont les moyens que se donne le Niger pour faire face à cette situation et à ses éventuelles répercussions sur la vie nationale ?

Dans le domaine de la sécurité, nous avons su faire le bon diagnostic dès au départ. Dès le départ, nous avions perçu qu'il n'y a plus de frontière entre sécurité intérieure et sécurité extérieure. Dès le départ, nous avions identifié les menaces, notamment la menace intégriste, celle de l'Aqmi et de Boko Haram. Il y a également la menace de la rébellion et celle des organisations criminelles de trafic de drogue, de trafic d'armes et de trafic humain, etc. Nous avons perçu également d'autres petites menaces qu'il ne faut jamais négliger, notamment les conflits inter-communautaires, les braquages sur les actes routiers, le vol à main armée, et le banditisme urbain. Toutes ces menaces ont été très clairement diagnostiquées. Nous avons aussi insisté sur la position géopolitique de notre pays, qui fait partie des deux Sahara. Il y a le Sahara occidental composé de la Mauritanie, du Niger, du Mali et de l'Algérie. Il y a le Sahara oriental qui comprend le Niger, la Libye, le Tchad et le Soudan. Donc le Niger est dans une position centrale, qui le rend vulnérable, car plus exposé que les autres pays du Sahara, compte tenu de cette position. Ainsi, une crise qui se déclenche au Sahara occidental touchera inévitablement le Niger, et il en est de même s'il y a une crise au Sahara oriental. Et nous ne nous sommes pas trompés en faisant cette analyse. Vous voyez, quand il y eût la crise libyenne, le Niger fait partie des pays qui en ont subi les conséquences. D'abord, les conséquences sociales, avec le rapatriement de près de 260 000 de nos compatriotes qui travaillent en Libye; des conséquences sécuritaires, avec une dissémination des armes sur le territoire national ; et des conséquences économiques aussi. Si je prends aussi le cas de ce qui s'est passé au Sahara occidental, la rébellion au Mali, c'est la même chose. Vous voyez bien les conséquences directes sur notre pays. D'abord, il y a une affluence très importante de personnes déplacées en provenance du Mali, fait auquel s'ajoutent les conséquences économiques avec l'arrêt des échanges entre le Mali et le Niger.

Face à ces menaces que nous avons diagnostiquées, quelles ont été les solutions que nous avons mises en œuvre ? Avant de répondre à cette partie de votre question, je dois rappeler que nous avons fait un effort d'organisation au plan institutionnel pour faire face aux problèmes de sécurité. Vous savez, nous avons un Etat Major des Armées, un haut Commandement de la Gendarmerie, un Haut Commandement de la Garde nationale ; nous avons une police bien structurée et des ministères qui s'en occupent. En outre, nous avons mis en place le Conseil National de Sécurité. Aujourd'hui, ce Conseil est très opérationnel, il se réunit régulièrement, une fois par semaine, pour réfléchir sur les problèmes de sécurité auxquels est confronté notre pays. Cette institution a fait, depuis sa mise en place, un travail remarquable.

En dehors de cette avancée institutionnelle, nous avons prévu deux types de solutions pour faire face aux problèmes de sécurité. La première solution est sécuritaire. Elle prévoit le renforcement des capacités de nos Forces de Défense et de Sécurité à faire face aux menaces ; le renforcement du moral de nos FDS, leur formation et leur entraînement, leur équipement. Beaucoup d'efforts ont été faits dans ce domaine, cette année. Toujours dans le domaine sécuritaire, on a prévu la création des conditions du rétablissement du monopole de la violence de l'Etat à travers la récupération des armes de guerre. Là, des efforts importants ont été faits pour récupérer des armes de guerre sur le territoire pour empêcher à ce que d'autres groupes armés puissent s'implanter sur le territoire national. Il y a d'ailleurs eu des affrontements avec des groupes armés venus de Libye qui ont voulu s'implanter dans notre pays, mais ils n'ont pas pu le faire grâce à la vigilance de nos Forces de Défense et de Sécurité, dont nous saluons ici le courage. C'est ainsi que ces groupes sont partis s'implanter ailleurs. Cette solution sécuritaire qu'on a conçue a été mise en œuvre de manière très efficace.

L'autre solution concerne le développement économique et social de la zone nord du pays et l'encadrement administratif de cette zone. Là également, nous avons pu mettre en place des solutions que requiert la situation. D'abord nous avons mis en place un nouveau découpage administratif du pays avec 27 départements supplémentaires résultant de la suppression des postes administratifs. Tous les départements ont été équipés en moyens roulants afin que les cadres de commandement puissent se déplacer et être présents dans les villages, pour qu'on les populations sentent la présence de l'autorité. L'encadrement administratif a été renforcé.

Nous avons aussi, en rapport avec nos partenaires de l'Union Européenne, conçu et mis au point le programme de sécurité développement dont le coût est évalué à plus de 1266 milliards de francs CFA. Il s'agit d'un programme pour réaliser des infrastructures, notamment des infrastructures sanitaires et éducatives, des routes, des infrastructures hydrauliques, etc. Ce programme va être, très prochainement, mis en œuvre. Nous avons eu aussi à organiser des forums sur la sécurité et la paix, comme c'était le cas du forum d'Arlit. La Haute Autorité à la Consolidation de la Paix a fait, à l'attention des populations, beaucoup de sensibilisation et d'information. Sur le plan sécuritaire donc, je pense qu'un travail important a été réalisé et je suis totalement satisfait des efforts accomplis pour protéger le pays, protéger les biens et les personnes.

Maintenant, comme on le sait, certaines menaces ne sont pas seulement nationales, elles sont aussi internationales. Et à ces menaces internationales, il faut des réponses internationales. C'est pourquoi nous mutualisons nos efforts avec les pays de la sous région. Par exemple, en ce qui concerne le Sahara occidental, nous avons, avec la Mauritanie, le Mali et l'Algérie, un Etat major commun qui est installé à Tamanrasset. Nous cherchons à faire face, ensemble, aux menaces. Du côté sud, avec notre grand voisin, le Nigéria, un effort de mutualisation est en cours pour partager les renseignements et pour mener des actions communes afin de faire face aux menaces.

Depuis quelques jours, l'agenda officiel des Chefs d'Etat de la sous-région est bouleversé par la situation qui prévaut au Mali qui est le théâtre d'une série d'événements : un coup d'Etat, les agissements des fronts rebelles et islamistes, mais aussi l'entrée en vigueur de l'embargo imposé par la CEDEAO pour exiger le retour à l'ordre constitutionnel. Quelle lecture faites-vous, Monsieur le Président, de la situation au Mali ?

La situation du Mali est caractérisée, très malheureusement, par deux crises, à savoir le putsch militaire et la crise née de la rébellion, qui est elle-même est une conséquence de la crise libyenne. Je pense que le putsch, ainsi que la rébellion, sont des anachronismes ; parce qu'on ne peut pas comprendre, dans un pays démocratique comme le Mali, que des citoyens, au lieu de s'exprimer par des moyens démocratiques, recourent aux armes contre un pouvoir démocratiquement élu. Dans le cadre de la CEDEAO, nous avons mis en place un dispositif de riposte qui puisse nous permettre de sortir de cette double crise que connaît le Mali. Là, je voudrais souligner d'ailleurs au passage que le Mali est victime d'une véritable agression extérieure. Parce qu'au fond, la plupart de ceux qui se sont attaqués au pouvoir central sont des étrangers venus de la Libye ou de l'Algérie. Donc, nous considérons qu'il s'agit d'une agression terroriste, d'une agression extérieure et malheureusement, le coup d'Etat du 21 mars est venu compliquer la situation. Mais nous sommes déterminés, à notre niveau au Niger, comme au niveau de l'espace CEDEAO, à trouver des solutions afin de permettre au peuple malien de sortir de cette double crise.

Monsieur le Président de la République, entre le retour à l'ordre constitutionnel au Mali et le rétablissement de l'intégrité territorial de ce pays, quelle est la priorité pour la CEDEAO ?

Tout est prioritaire. Ce sont deux crises qu'il faut affronter de manière concomitante. Les mesures prises contre le coup d'Etat sont économiques et politiques avec la fermeture de la BCEAO à Bamako et celle des frontières mais aussi le rappel des ambassadeurs. Toutes ces mesures sont entrain d'être mises en œuvre. Pour le cas du Niger, nous avons fermé notre frontière depuis avant hier, et nous espérons que ce signal va être compris par la junte, et qu'elle va revenir assez rapidement à l'ordre constitutionnel normal, afin qu'on puisse s'occuper de la question de l'intégrité territoriale du Mali.

En somme, si on vous demandait, Excellence, de résumer cette première année d'exercice du pouvoir en quelques mots, quels seraient-ils ?

Je peux dire que nous sommes sur la bonne voie de la réalisation de l'alliance de la liberté et du pain. Sur le plan de la liberté, vous l'avez constaté, nous sommes entrain de construire des institutions démocratiques républicaines fortes et stables, d'assurer les conditions de la protection des personnes et des biens au Niger, de promouvoir la bonne gouvernance politique dans le pays. En ce qui concerne le volet ''Pain'' nous sommes entrain de construire une économie qui est prévue être parmi les plus dynamiques du monde, c'est le FMI qui le dit, nous avons prévu un taux de croissance de 7% en moyenne dans le cadre du programme de renaissance, vous noterez que 2012, verra le Niger réaliser un taux de croissance de près de 15 %. Le FMI pense que nous allons avoir, les années suivantes, des taux de croissance à deux chiffres. Par conséquent, l'objectif de donner du pain à tous les citoyens nigériens est à notre portée. Mais le pain ne veut pas dire seulement ce qu'on mange. Le pain, ça concerne aussi la nourriture de l'esprit, c'est-à-dire l'éducation, ainsi que la santé et l'accès à l'eau. Je le répète encore une fois, nous sommes sur la bonne voie: celle de la réalisation de l'alliance de la liberté et du pain.

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