Catégorie : Discours Écrit par SEM. Issoufou Mahamadou Affichages : 552
« Population du Boboye,
Mesdames et Messieurs,
Votre région procède d'une vallée d'environ 1600 km de long qui porte des noms différents selon les langues : Dallol en Peulh, Boboye en Zarma, signifiant là ou l'eau est à fleur du sol. Pays de grands hommes comme Ali Anna, Boubacar Louloudjé, Hama Gougaram ; Aboulhassan, Hama Fandou, Issa Korombé, Bayéro et enfin plus près de nous Cheik Aboubacar Hassoumi de Tchiota. Que leurs âmes reposent en paix. Amin !
Cette terre, aux potentialités humaines et économiques inestimables est une image réduite du Niger. En effet, en raison de ses potentialités elle a vu déferler au cours des XVIII et XIXe siècles notamment, des vagues successives d'immigration de populations Zarma, Peulh, Touareg, Haoussa et même Kanouri, attirées par ses disponibilités en terre de culture et de pâturage. Aussi, la réalité profonde de cette région se trouve dans les alliances qui se sont nouées au fil du temps et qui ont toujours transcendé les clivages de l'ethnicité. Cette réalité se trouve aussi dans la large fusion des groupes humains au point que nous pouvons aujourd'hui dire que la région des Dallols est un véritable creuset de l'unité nationale car la vallée unit tant de régions nigériennes puisqu'elle s'étend aussi sur le Tagazar, l'Imannan, le Tondikandia et le kurfay, charriant des eaux qui autrefois venaient des montagnes de l'Aïr et qui se déversaient dans le fleuve Niger
Mesdames et messieurs,
Le Dallol c'est aussi ses potentialités actuelles. Avec plus de 50 mares permanentes et des réserves insoupçonnées en eau souterraine de faible profondeur, il est possible d'irriguer près de 300 000 ha de terres disponibles tout en permettant d'assurer un élevage plus dynamique avec un cheptel important. Il y'a là de la place pour la prospérité individuelle et collective propice à la paix, la quiétude et l'harmonie entre toutes les communautés.
Mesdames et Messieurs,
Comment ne pas évoquer à ce niveau la problématique des conflits fonciers si récurrents ici et qui malheureusement sont très souvent meurtriers. A cet égard, il y'a lieu de rappeler que de 1996 à ce jour, pas moins de 70 personnes ont perdu la vie à la suite de conflits fonciers. Kotaki/Fonobirgui en 1996 ; Banigoungou 1997 ; Wazeye/ Diawondo en 1998, Afodamata/Garbou en 2005, Kankandi en 2003, Tanabéri en 2009 et plus récemment ZUZU Saney. Ce triste et douloureux bilan nous interpelle tous. Il révèle combien il est urgent de trouver des solutions définitives aux conflits fonciers qui, au delà du Boboye, constituent une préoccupation nationale. Ces solutions doivent être recherchées dans les causes réelles de ces conflits qui au-delà des séquelles de l'histoire, sont fondamentalement d'ordre écono-mique. Ma conviction est que la récurrence de ces conflits est liée à, une pression démographique forte dans un contexte d'insuffisance et de pauvreté des terres. Avec 95% d'occupation des terres agricoles, une densité de population de 55 habitants au Km2, une baisse de rendement de 40% depuis une vingtaine d'année, il est aisé d'appréhender la récurrence de ces conflits. Au niveau national, les données sont quasiment identiques et tournent autour de 9/10e de taux d'occupation des terres exploitables avec pour corollaire le rétrécissement, voire la disparition de certains couloirs de passage, entrainant des conflits entre agriculteurs et éleveurs.
Il s'explique aussi par certaines insuffisances qui révèlent les limites de la gouvernance dans ce domaine. C'est pourquoi j'en appelle à la responsabilité de tous les acteurs, simple citoyen, mouvements associatifs, chefs traditionnels, leaders politiques et religieux, autorités administratives et judiciaires afin que chacun dans sa sphère de compétence soit respectueux des règles établies et fasse preuve de responsabilité et de sagesse. L'éleveur n'est pas l'ennemi de l'agriculteur ; l'agriculteur n'est pas l'ennemi de l'éleveur, ils sont complémentaires. Ils ont tous les deux un ennemi commun : la pauvreté. Ils doivent s'unir, marcher côte à cote, coude à coude, main dans la main pour combattre cet ennemi commun.
Mesdames et messieurs,
Ce que je viens de dire rend encore plus pertinent l'initiative 3N dont la mise en œuvre nous permettra d'assurer la sécurité alimentaire pour tous, en favorisant non seulement une meilleure exploitation des terres mais aussi une meilleure intégration de l'agriculture et de l'élevage. Grace aux méthodes innovantes qu'elle implique, elle favorisera la multiplication par trois, voire par cinq les rendements actuels selon le type de sol. Pour atteindre ces objectifs, votre engagement est nécessaire ; il l'est d'autant plus que l'environnement agricole est caractérisé par une dégradation poussée des sols du fait des effets conjugués des érosions hydrique et éolienne et le prélèvement inconsidéré sur le potentiel végétal. D'ores et déjà le programme d'urgence dans son volet environnement a permis la récupération dans le Boboye de plusieurs ha de terre dégradée. Il a permis aussi l'empoissonnement des mares.
Dans son volet agriculture, le programme d'urgence a permis d'investir dans le Boboye plus d'1 milliard de francs CFA en semences, engrais, pesticides, kits de petits matériels, puits maraîchers, aménagements de marchés, ainsi que la construction de magasins de stockage de vivres. Concernant l'élevage, le programme d'urgence, a permis la vaccination du cheptel ainsi que la formation d'auxiliaires d'élevage, la mise en place d'aliments pour bétail, la construction de banques d'aliment pour bétail, l'aménagement et la sécurisation des espaces pastoraux, l'embouche et la reconstitution du cheptel. Parce que la situation alimentaire est loin d'être reluisante avec 101 villages déficitaires regroupés dans 6 zones vulnérables et un déficit fourrager important, le programme d'urgence a permis l'achat de 1 180 tonnes de céréales pour venir en aide à environ 77 000 personnes en situation d'insécurité alimentaire.
Sur le plan hydraulique, il faut noter la réalisation de 8 mini adductions d'eau potable, 11 nouveaux poste autonomes, 5 nouveaux puits cimentés, 10 autres puits réhabilités, le tout pour un coût total d'environ 800 millions de francs CFA.
Mesdames et Messieurs ;
Dan le secteur de l'éducation, plus de 400 millions francs CFA ont été investis dans la construction et l'équipement des classes, dans l'achat de fournitures scolaires et le recrutement de 369 enseignants. Dans le domaine de la santé, en plus des médecins recrutés dans les 8 communes de vos deux départements, il faut noter la réhabilitation et l'électrification de deux CSI, l'organisation des journées de vaccination et la dotation des CSI en produits pharmaceutiques.
Mesdames et Messieurs ;
Le programme de la renaissance continuera à travailler inlassablement au bonheur du peuple nigérien, notamment dans la recherche de la cohésion sociale. S'agissant de votre région, comme annoncé va se tenir dans les meilleurs délais un forum inclusif sur la coexistence pacifique et la résolution des conflits fonciers. En tout état de cause, nous sommes tenus de donner une nouvelle et meilleure image à cette région, celle d'une intégration réussie en phase avec l'héritage intellectuel et civilisationnel de paix et de tolérance laissé par vos illustres ancêtres. Le Boboye doit être restauré dans son statut d'un des greniers agricoles du Niger.
Je vous remercie »