Avec l'avènement du mois béni du Ramadan, le sucre et sa saveur douce sur toutes les...langues. Tant il est vrai qu'on en parle trop sur ton de réclamation. Vous saluez un parent, un ami, une connaissance, on vous répondra : ''j'attends mon sucre ! ». En effet, forts de la pratique (ou tradition) qui veut qu'à l'occasion du Ramadan, les plus nantis distribuent du sucre aux autres, certains n'en demandent pas plus pour se lancer dans une quête féroce de cette denrée assurément la plus consommée par ces temps.
Une pratique qui place certaines catégories de personnes face à un enjeu plutôt crucial. Imaginez un peu le sort du responsable ou du leader, en tout cas tout celui qui peut se prévaloir des honneurs dus à son rang de ''chef'', qui par avarice, manque de moyens ou simple négligence, ne s'acquitte pas de cet impérieux devoir d'arroser son entourage de cartons de sucre. Sa crédibilité y prendra sans doute un coup sérieux. Il en est de même du jeune marié qui tenterait de convaincre son épouse de son incapacité à fournir la ''cargaison sucrée'' à sa belle famille : la brouille conjugale est garantie ! C'est que pour les uns et les autres, la note du sucre est plutôt salée.
Autre grande spécificité de ce début du mois béni de Ramadan, c'est cette atmosphère ambiante de piété et d'apaisement des cœurs et des esprits. Du coup, nous voilà subitement baignant dans un monde sans heurts et sans tumultes. Durant tout ce mois, l'accalmie règnera et les vieux démons maléfiques seront rangés dans les placards implacables des oubliettes. Mais le Ramadan, c'est aussi, et paradoxalement, la période de grande consommation. Taraudés par la faim vers la mi-journée, les jeuneurs pensent pouvoir tout dévorer à l'heure de la rupture.
Aussi, on ne se gêne pas pour faire le plein du panier de la ménagère : viande, légume, jus et autres ingrédients s'empilent le soir, sur la table érigée pour la rupture du jeûne. Une gourmandise qui se traduit par une certaine frénésie dépensière. Autrement dit, pour les commerçants véreux, c'est le moment des belles affaires. Comme quoi, la piété des uns éveille le mercantilisme béat des autres.