Le Sahel

Register Login

EVOLUTION URBANISTIQUE DE NIAMEY

Comme bien d'autres pays de l'Afrique subsaharienne, l'urbanisation au Niger était au cœur des préoccupations des autorités. D'un point de vue général, il s'agissait pour les autorités administratives de donner une image urbanistique exemplaire suivant l'évolution du monde contemporain, et de créer un cadre de vie meilleure aux populations, condition sine qua non de tout développement humain.

Selon Dr Hamadou Issaka, Chercheur au Département de Géographie et Aménagement de l'Espace à l'Institut de Recherches en Sciences Humaines (IRSH) de l'Université Abdou Moumouni de Niamey, Niamey, la capitale du Niger, est devenue Commune Urbaine à partir de 1955. Elle connaîtra une croissance démographique, fruit en partie de son statut de capitale de colonie, et donc de principale pôle d'attraction pour les populations à la recherche d'un emploi salarié ou d'une formation. En outre, il a noté que l'accession du pays à l'indépendance et son statut de capitale lui feront bénéficier d'infrastructures nationales et internationales, ce qui affecte nécessairement l'espace.

C'est surtout à partir des années 1970, dit-il, que suite aux sécheresses répétitives, la croissance démographique de Niamey prit de l'ampleur avec pour conséquence directe une demande accrue en logements et donc une forte consommation d'espace qui se fait au détriment des champs de la périphérie. La population connaîtra une croissance rapide et triple en 12 ans passant, de 33 816 habitants en 1960, à 108 000 habitants en 1972. Cinq ans plus tard (1977), la population atteint 242 973 d'habitants. Au recensement de 1988, la population de Niamey est évaluée à 397 437 habitants.

Il a précisé que ces chiffres traduisent la forte croissance de la population de la capitale par rapport aux autres villes du pays comme Zinder et Maradi dont la population est passée respectivement de 22 248 à 120 892 habitants et de 20 000 à 112 965 habitants au cours de la même période (1977-1988)%. Au recensement de 2001, Niamey compte 707 951 habitants et les estimations de 2010 donnent une population de 1 222 066 habitants. Cette croissance vertigineuse n'est pas accompagnée par les infrastructures requises, d'où un sérieux problème d'accès au logement pour les populations à revenus moyen et faible, a-t-il poursuivi. Pourtant, on assiste à des lotissements excessifs ayant entraîné un étalement urbain disproportionné par rapport à la population urbaine.

En effet, la superficie de Niamey a été multipliée par plus de 2 en moins de 15 ans, passant ainsi de 4848 ha en 1988, à plus de 11000 ha au début des années 2000. La systématisation des lotissements pour répondre à la demande de parcelles, mais surtout pour satisfaire les besoins pécuniaires des autorités (nationales ou régionales) est à l'origine de ce gâchis foncier qui est loin de répondre aux besoins réels des populations à faible revenu. Ces dernières sont toujours exclues de la distribution des parcelles produites par les autorités.

Niamey n'a jamais produit autant de parcelles qu'au cours de la période postérieure à 1990. De 1989 à 2003, 29 lotissements ont été réalisés et ont produit 55 835 parcelles contre 51 341 pour la période 1946 à 1989. Ainsi, en 14 ans, il a été produit plus de parcelles qu'au cours des 40 précédentes années. Ainsi, souligne-t-il, cette prolifération de parcelles n'a pourtant pas permis à la majorité des demandeurs d'y accéder. La production est mal organisée et pour preuve: en se basant sur les numéros d'ordre portés sur l'acte de cession, le constat qui se dégage est que 93 700 parcelles ont été produites en décembre 2004 pour une population de 674 950 habitants, soit en moyenne une parcelle pour 7 habitants correspondant au nombre moyen d'habitant par ménage à Niamey. En outre, la promotion immobilière publique est insignifiante, car la loi 98-54 du 29 décembre 1998 portant adoption de la politique nationale en matière d'habitat, proclame que de 1974 à 1998, l'Etat et ses démembrements n'ont produit que 990 logements, alors que les besoins annuels sont estimés à au moins 5 000 logements.

Concernant le plan d'urbanisation, Dr Hamadou Issaka a indiqué que pour une bonne planification urbaine, le Niger s'est doté d'un cadre juridique à travers notamment l'ordonnance n°97-005 du 17 janvier 1997 qui institue les documents d'urbanisme prévisionnel et opérationnel, ainsi que les outils de contrôle de l'utilisation des sols urbains. L'objectif des documents d'urbanisme, a expliqué Dr Hamadou Issaka, est d'assurer une planification stratégique au moyen d'une orientation de l'aménagement des espaces à moyen et long termes. Ils doivent veiller à la traduction concrète des actions prévues suivant les orientations définies par les schémas, notamment le schéma directeur d'aménagement et d'urbanisme (SDAU) et le schéma de secteur, ainsi que des plans dont le plan urbain de référence et celui d'occupation des sols. Quant aux outils de contrôle, qui sont le certificat d'urbanisme, le permis de construire et le certificat de conformité, ils vérifient la conformité des réalisations aux règles d'urbanisme.

Il a ajouté qu'en 1997, l'ordonnance n°97-005 du 17 janvier 1997 a été prise lors du toilettage des textes sur l'urbanisme dont l'essentiel remonte à l'époque coloniale, à l'image de celui instituant le lotissement qui date de 1959. Pour clarifier la procédure, il a été pris, en août 1997, un décret fixant les modalités d'établissement, d'approbation et de mise en œuvre des plans de lotissement. L'Etat demeure le principal acteur du processus de lotissement, mais se fait aider au besoin par des structures consultatives.

Dr Hamadou Issaka a noté qu'à Niamey, le problème de la gestion des espaces s'est toujours manifesté comme une question difficile à régler du fait de l'atermoiement qui a de tout temps caractérisé la gestion foncière. Pendant la période coloniale, les autorités avaient amorcé le processus d'une gestion rationnelle de l'espace. C'est dans ce cadre que plusieurs plans avaient été élaborés. Il s'agit entre autres du plan de 1905, 1er plan d'urbanisme de Niamey, du plan de 1937 transférant la ville indigène sur le plateau et du plan HERBE de 1952 qui fixe les axes majeurs de développement de la ville. Les autorités ont amorcé le processus de planification de la gestion de la ville à travers divers plans et textes réglementaires. Après les indépendances, la planification a continué avec notamment l'élaboration des plans d'urbanisme de 1964 et 1967, mais surtout celle du Schéma Directeur d'Aménagement et d'Urbanisme (SDAU) en 1984. Tous ces plans n'ont donné que des résultats mitigés du fait de la pseudo-urbanisation de Niamey et de l'approche sectorielle de la ville qui de tout temps a été pensée et conçue par des architectes et ingénieurs.

Après le SDAU, il a été décidé de concevoir des outils simples de planification de la gestion urbaine. C'est dans ce cadre que fut élaboré le Plan Urbain de Référence (PUR) sur financement toujours des partenaires extérieurs. A l'image du SDAU, le PUR a été confronté à l'anomie qui caractérise la gestion de Niamey. Approuvé en 2010, cet outil est déjà dépassé avant même sa mise en application sur le terrain. En dehors de ces outils de portée générale, Niamey n'a jamais disposé de Plan d'Occupation de Sol (POS) en 50 ans, démontrant ainsi le manque d'utilisation judicieuse du sol urbain.

En outre, a-t-il dit, il y a un non respect criard des différents plans élaborés. Pour preuve, a indiqué Dr Hamadou Issaka, le PUR est déjà dépassé avant même sa mise en application. Bien avant le PUR le SDAU a beaucoup souffert de manque d'application et de respect d'où, en partie, les problèmes d'aménagement actuels de Niamey.

Les conséquences se justifient par une croissance urbaine mal maîtrisée, traduisant la prolifération de l'habitat informel à l'intérieur comme à la périphérie de la ville, des problèmes d'aménagement de la ville dont l'un des plus irréfutables est celui de l'assainissement. La multiplication de la superficie de la ville a été par plus de 2 en moins de 15 ans, implique nécessairement une augmentation proportionnelle des infrastructures d'hygiène et d'assainissement. Mais, c'est au même moment qu'on assiste à une baisse drastique des moyens d'intervention, a-t-il dit. A titre d'exemple, alors que Niamey disposait, en 1992, de 257 containers devant servir à la pré collecte des déchets produits par près de 400 000 habitants, en 2003, elle n'en comptait plus que 102, alors même que la population et la superficie ont connu une évolution significative. En 2005, selon les estimations officielles, chaque Niaméyen produirait quotidiennement 500 g. Sur la base de ces estimations, les 267 000 habitants de Niamey produisaient 122,8 tonnes d'ordures en 1983, et pour les 1 146 000 habitants de 2009, ce sont 573 tonnes qui sont produites chaque jour soit une multiplication par 4,6 en 25 ans. La conséquence de cette baisse drastique des moyens s'est vite fait sentir sur le terrain car Niamey, jadis ville relativement coquette, est devenue ''une ville poubelle'' où les immondices en putréfaction jonchent les rues, et où à peine 40% des ordures sont évacuées sur les décharges officielles.

On assiste alors à une prolifération tant de déchets solides que liquides dans la ville qui ne dispose par ailleurs que de 150 km de caniveaux pour plus de 11 000 ha urbanisés et plus d'un million d'habitants. D'ailleurs, comme toutes les infrastructures, poursuit Dr Hamadou Issaka, ce réseau est mal réparti. C'est le centre ville et les quartiers péricentraux qui en bénéficient. De grands caniveaux ouverts orientés est-ouest sont localisés au niveau des quartiers Poudrière, Nouveau Marché, Boukoki, Kalley et Lacouroussou. A cet effet, explique-t-il, ce réseau est complété par des caniveaux secondaires orientés nord-sud. Le réseau desservant les quartiers Boukoki et Kalley nord sont évacués dans le talweg du Gountou-Yéna. Ce réseau insuffisant reste aussi inefficace du fait de problème technique au niveau même de la conception et de l'entretien. Cette inefficacité se montre sur le terrain à travers la concentration des eaux de ruissellement qui se déversent dans les concessions, engendrant parfois de graves conséquences, comme ce fut le cas en 1989, où suite à une pluie de 105 mm, 5700 personnes ont été déclarées sans abri et 1400 maisons se sont écroulées. En outre avec la stagnation des eaux, se forment des mares et dépressions qui posent un problème de circulation et des risques sanitaires évidents.

Pour y remédier à tous ces problèmes, Dr Hamadou Issaka propose de songer, entre autres, au respect strict des textes en matière de planification urbaine. Cela suppose le rétablissement de la ville dans ses droits à travers un audit de la gestion foncière, du début des années 1990 à maintenant. Il incombe également de respecter rigoureusement la procédure de lotissement telle que prévue par les textes, et notamment la viabilisation des sites avant la vente des parcelles, et le délai de 5 ans entre deux lotissements. En d'autres, il faut veiller à la mise en valeur effective des lotissements antérieurs avant tout nouveau lotissement, a-t-il conclu.

Laissez un commentaire

Assurez-vous que les champs marqués par (*) soient remplis avant de procéder à l'envoi.

© Le portail dynamique de l'information au Niger | conception jourdain-informatique.

Top Desktop version