
Divers modèles de albèye ...
Au Niger, le port du rawani (turban), albèye (pochette ou sac en cuir) et balka (chaussure en cuir) sont des signes distinctifs de la communauté touarègue. Ces différents accessoires constituent des éléments culturels que la communauté essaye de garder et qui vont avec les habits tout aussi particuliers. Les touaregs ont pu garder jalousement leur tradition qui se transmet de génération en génération.
Fatima Gousmane est une artisane qui est spécialisée dans la transformation du cuir en divers objets. Elle confectionne divers articles, entre autres des sacs, des pochettes, et surtout le ‘’albeye’’. « Ce travail que nous faisons ne date pas d’aujourd’hui, c’est un héritage que nos ancêtres nous ont légué. C’est un métier qui se transmet de génération en génération et nous sommes là pour perpétuer cette activité. Nous fabriquons ces objets à la maison pour ensuite les amener au village artisanal afin de les revendre. Nos clients fidèles savent aussi là où nous trouver », dit-t-elle.
D’après ses explications, l’histoire du port de ‘’albeye’’, ne date pas d’aujourd’hui. « C’était un mode de vie de nos arrières grands parents. Avant, c’étaient eux seulement qui connaissaient la valeur, l’importance de ce genre de choses. À leur époque, il était rare de voir un adulte ou une personne âgée sans albèye ou balka. Albèye était pour eux une sorte de «coffre». C’est dedans qu’ils mettaient soit des amulettes, soit de l’argent, des papiers, du tabac, bref tout ce qui est confidentiel ou a de la valeur », confie notre interlocutrice.

Mais, aujourd’hui, remarque-t-elle, les gens ont tendance à délaisser leur culture, leur tradition. « Petit à petit, ils veulent revenir, et ont commencé à comprendre les choses. L’histoire de ‘’albeye’’ et consort est particulièrement connue chez les tamasheqs. C’est après que d’autres ethnies ont pu s’y intéresser. Aujourd’hui, presque tout le monde le porte, notamment les haoussas, les zarmas, les peulhs, comme des objets d’ornement ou de décoration. Lors des festivités par exemple, lors des cérémonies de mariage ou baptême et aussi lors des cérémonies de réjouissance, si un touareg ne les porte pas, il se sentira gêné. Chez nous, même si c’est une autre ethnie qui a un événement, c’est ce qu’on porte pour y assister », indique-t-elle.
Un chef d’œuvre artisanal de longue haleine
Selon Fatima Gousmane, c’est tout un processus pour confectionner un ‘’albèye’’ digne de le nom. « Du commencement à la fin, c’est un métier qui se fait à la main. On n’a pas besoin d’utiliser une machine. Dans un premier temps, Il faut d’abord du cuir, une aiguille, du fil, un petit couteau qui permet de découper, de la laine, de la colle, des objets de décoration comme ‘’harno’’ ou ‘’anlami’’pour qu’il soit beaucoup plus admirable. ’’, et ‘’Icrétan’’ qui est une sorte de peau noir brillante », a fait savoir la confectionneuse.

D’après ses dires, il est impossible de tisser un ‘albèye’’ en deux, trois jours. Il faut au moins 15 jours. « Cela veut dire que chaque jour, il y a des arrangements, des ajustements à faire. C’est un travail qui demande de la concentration, et aussi de la patience. Quelqu’un qui n’est pas patient ne peut pas le faire », explique cette artisane.
D’après la confectionneuse, il y’a quatre types de ‘’albeye’’, à savoir, ‘’Ifargass’’ qui est noir. « Il n’est pas bien décoré. Il y’a ‘’Bagajou’’ qui est un peu plus décoré que Ifargass, il est aussi un peu long. Il y a ‘’Ittébou’’ et enfin ‘’Enafed’’ qui est plus digne que les autres. C’est ‘’Enafed’’ qui est le premier parmi les ‘’albeye’’. C’est ce que les gens portent beaucoup plus. Il n y a pas que les hommes seulement qui le portent, même les femmes en font partie », nous explique-t-elle.
Il n’y’a pas d’âge exact pour porter ‘’albeye’’. Même un petit enfant de deux ans peut le porter. Les jeunes mariés et ses amis le portent également.
‘’Albèye’’ à deux, voire quatre parties, mais jamais une seule partie, car il ne sera pas lourd. Si, par exemple, c’est trois parties, au niveau de la première partie, on peut mettre des papiers, la deuxième du tabac si la personne en consomme, et une partie pour mettre de l’argent. Chaque partie de ‘’albèye’’ a sa signification. C’est-à-dire qu’on ne peut jamais mélanger des choses en un seul endroit.
En ce qui concerne le prix, tout dépend du modèle. Il y’a celui de ‘’Ifargass’’, on peut l’avoir à 7000 FCFA, on peut trouver le ‘’Bagajou’’ à 10.000 FCFA, ‘’Enafad à 15 .000 FCFA, et ‘’Enafed’’ à 50.000 FCFA.
De nos jours, dit-t-elle, le travail fait à la main ne nourrit pas son homme. « On le fait seulement, parce qu’on est habitué, et aussi pour ne pas rester sans rien faire. Il n’y’a pas de la clientèle comme avant. C’est très rarement qu’on arrive à avoir de la commande », ajoute-t-elle.
Un savoir-faire à perpétuer
La quinquagénaire a enfin saisi cette occasion pour lancer un appel à l’endroit de ses pairs de revenir à leur tradition. « Nous ne devons pas délaisser notre culture au détriment de celle des autres. Nous devons garder jalousement ce que nos ancêtres nous ont laissé comme héritage. Quand on prend l’exemple du Mali et du Burkina, et même au-delà, c’est ici qu’ils viennent pour en acheter et aller revendre. Tellement ce que nous faisons est impressionnant. La population de Bonkoukou et les Maliens n’ont pas jeté leur tradition. Mais, chez nous, c’est autre chose », déplore-t-elle.
M. Ibrahim Altiné est un autre artisan au Musée National de Niamey. Une activité qu’il exerce depuis plusieurs années. « J’ai actuellement 30 ans dans ce domaine. Je ne l’ai pas étudié, je l’ai juste hérité de mes parents. C’est un travail qui est bénéfique pour moi, car c’est dans ça que je me retrouve. Avant, il y’avait des jeunes garçons qui m’assistaient dans les différentes tâches. A l’heure où je vous parle, je suis seul, parce qu’ils sont devenus leurs propres patrons », dit-t-il.

Parlant de la matière première qui est le cuir, il précise qu’elle leur provient de ‘’majéma’’ qui est situé au quartier Gamkalé. Selon les explications de l’artisan, ce n’est pas n’importe quel genre de cuir qui est utilisé pour la confection des articles. « Pour la confection des sacs et chaussures, des porte-monnaies et des ceintures, on travaille avec deux types de peau, à savoir celle de la vache et de la chèvre. Nous travaillons aussi avec celle du mouton, mais rarement, parce qu’elle est très molle. Elle ne répond pas à nos attentes.
« Pour la confection des chaussures ‘’balka’’, on le fait avec la peau de la vache ‘’kirgui’’. C’est avec le ‘’kirgui’’ là qu’on fait le bas de la chaussure, et le haut avec la peau de la chèvre, pour qu’elle ne blesse pas le pied. Nous faisons pour les femmes et les hommes. Le plus souvent, ce sont des pointures standards qu’on fait. Quand la personne va essayer, et que c’est bon, il va juste payer. Au cas contraire, on prend la mesure du pied de la personne pour lui confectionner, après l’intéressé viendra récupérer. Il y’a des gens qui portent 37, 38 jusqu’à 43 même. Par semaine, je peux faire cinq (5) à sept (7) paires de chaussures. Tout est une question d’organisation et de programmation » a-t-il expliqué.
S’agissant de la morosité en termes d’écoulement des articles, M. Ibrahim Altiné reste toutefois optimiste. « Je ne rencontre aucune difficulté. Le seul problème, c’est quand les clients ne viennent pas acheter. Sinon, Dieu merci, j’arrive à écouler mes articles petit à petit », se réjouit-t-il.
Farida. A. Ibrahim (ONEP)