
Lors d’une cérémonie de tchantchantchan
La localité d’Agadez est un carrefour historique et culturel, située entre le désert du Sahara et la zone du Sahel. Elle est riche de cultures et de traditions différentes, dont l’une est une cérémonie appelée « tchanthantchan » en Tamacheq. Organisée par les petits-enfants en l’honneur de leurs grands-parents décédés, cette fête a lieu 40 jours après le décès, réunissant proches et amis pour lire des versets du Coran en mémoire du disparu.
Organiser une cérémonie de tchantchantchan pour un défunt est une manière profondément respectueuse de l’honorer et de célébrer la vie qu’il avait menée avec les siens. « Cette cérémonie n’a lieu qu’à l’occasion du décès d’une personne ayant atteint ou dépassé les 100 ans avant de rendre le dernier souffle », a expliqué une traditionaliste du nom de Tamoumoune. Avant de débuter cette commémoration, la famille et les proches parents se rassemblent le matin du 40è jour suivant le décès, pour prier et écouter les paroles d’Allah. « Cela représente un acte de foi et d’intercession pour le repos de l’âme du défunt », a-t-elle ajouté.
Selon Tamoumoune, il est habituel que les membres de la famille et les amis prennent l’initiative d’organiser cet événement pour s’assurer que la cérémonie va refléter la vie et les valeurs de la personne décédée. Cela peut également être un cadre pour des réflexions et des partages sur l’histoire. Par ailleurs, cela honore la contribution du défunt à la vie de tous les jours au cours de son existence. « La cérémonie se tient entre 16h et 17h chez le défunt, où les proches préparent de la nourriture et désignent l’un d’eux pour revêtir les vieux habits du défunt », souligne la traditionnaliste.
Elle ajoute que la personne désignée doit absolument ressembler au défunt ou à la défunte. Celui-ci, ou celle-ci, vêtu des vieux vêtements du grand père ou de la grand- mère, se saisit de sa canne et effectue un tour autour de la maison, tandis que les autres petits enfants frappent dans leurs mains en chantant. Ils arrivent alors devant le lit du défunt, répétant « tchantchantchan, tchantchi crisse al ada ta kaka », en tapant des mains et en jouant du tambour. Les chants abondent de proverbes et de blagues, et l’atmosphère de la cérémonie tctantchantchan est marquée par une forme de plaisanterie et de taquinerie entre les petits-enfants et leurs grands-parents. « Les enfants chantent en concert, puis incitent leurs parents à remercier le bon Dieu pour avoir permis à leur grand -père de vivre jusqu’à cet âge, où il a pu voir même ces arrière-petits-enfants », ajoute Tamoumoune.
Après avoir effectué plusieurs tours de la maison, ils s’éloignent en forte délégation pour se rendre dans les différentes demeures familiales, chantant toujours et traînant leurs tambours en mettant toujours au-devant celui ou celle qui porte les vêtements du défunt. Une fois les visites terminées, les enfants se regroupent pour le repas familial. « Des photos ou vidéos sont les bienvenues pour immortaliser les plus beaux souvenirs », confie-t-elle. Cette pratique ancestrale est aujourd’hui en déclin dans la société agadézienne. Cela est dû principalement à l’influence de la religion et au mode de vie « urbain » adopté de plus en plus dans cette société.
Iro. A. Hadiza (stagiaire)